Posté le 20 décembre 2007 (lectures 5,857)
LFFM: L’anorexie mentale
L'anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire. Elle reflète habituellement une détresse psychologique. Ses conséquences sont multiples, notamment physiques, et peuvent être très graves (5 à 10 pour cent de decès). Ce sont classiquement des adolescents et des jeunes adultes qui en souffrent.



Qu’est-ce que l’anorexie mentale ?

Le terme « anorexie » signifie perte ou diminution de l’appétit.

Une perte d'appétit est une expérience que nous pouvons vivre dans notre vie pour diverses raisons : pathologie somatique, dépression, prise d'un médicament, stress, activité débordante...

« l’anorexie mentale » se distingue d'une perte d'appétit (sans retentissement physique ou ayant une cause organique) par son origine  (elle reflète un conflit psychique profond) et ses symptômes qui sont bien particuliers.

Alors comment s’en apercevoir ?

Dans la jargon médical, elle associe classiquement : un amaigrissement, une anorexie (diminution de l'appétit) et une aménorrhée (arrêt des règles ou absence de survenue des règles chez une jeune fille).  Un indicateur important de cet amagrissement est l'indice de Masse Corporelle (poids/taille au carré).

Voici un exemple associant des signes typiques :

Une jeune fille de treize à vingt ans, qui a dans son histoire une notion de divorce parental, de séparation (mais il n'y a pas forcément de facteur déclenchant), se met à manger moins que d’habitude, puis beaucoup moins, et à maigrir. Le plus souvent, elle n’est pas grosse au départ, et pourtant elle a une peur intense de le devenir. Elle perçoit son corps différemment de ce qu’il est, parfois difforme voire même grosse (cela s'appelle la dysmorphophobie en médecine. Exemple : elle est maigre mais elle trouve qu'elle a de grosses cuisses !). Elle ne parait pas consciente de son amaigrissement, même lorsque celui-ci devient extrême. Elle dénit avoir un trouble de son comportement alimentaire et veut au contraire maigrir toujours plus. Une seule obsession pour elle : manger peu, ou pas du tout et maigrir.

Pour accélérer ce processus, elle peut s'adonner intensivement au sport et boire à longueur de journée, voir même prendre des laxatifs ou se faire vomir.

L’anorexique mentale est en quête de « vide » d'elle-même. Son attitude peut entrainer un isolement social. Elle refuse de participer au repas familial mais pourtant peut passer de longues heures à le préparer pour son entourage. Elle peut également passer plusieurs heures à se préparer et ingérer un repas microscopique.
Elle préfère d’autres plaisirs comme l’ivresse procurée par la résistance à son entourage, et à la maitrise de son corps, elle se détache des besoins physiques au profit de ceux de l’esprit.

Cet esprit, l’anorexique cherche le plus souvent possible à le maintenir, ou à le montrer, éveillé, brillant ; elle est souvent douée à l'école et professionnellement et ses capacités se trouvent parfois même augmentées par son dévouement extrême à ces tâches. L’amaigrissement ne parait pas avoir entamé ses capacités physiques ou intellectuelles. En réalité, celles-ci vont progressivement se détériorer à mesure que la perte de poids se poursuit, mais l’anorexique n’en est pas consciente ou ne veut pas en être consciente.

Elle veille à refléter puissance, maitrise et hyperactivité, même si cette hyperactivité tourne sans créativité, ni affectivité.


Cette volonté de conserver ou d’acquérir son indépendance s’exprime d’abord par rapport à sa famille. Par extension, l’adolescente anorexique va également se méfier de tous ses désirs, que ceux-ci soient affectifs (rupture des liens avec ses amis) sexuels (refus facilité par la disparition des formes féminines et du cycle menstruel liés à l’anorexie), matériel (refus du confort) et bien sur, alimentaire.

Ce comportement extrême doit être pris au sérieux ; il révèle un réel tourment psychique et surtout met rapidement en jeu la santé et la vie de l’adolescente.


Y a t il un contexte ?

Aujourd’hui, l’abondance alimentaire et le culte de la minceur peuvent crééer un conflit de motivation, moteur de l’anorexie mentale et responsable d’autres troubles du comportement alimentaire. Comment rester ou devenir mince lorsque publicité, convivialité et gourmandise cherchent à séduire le consommateur que nous sommes ?

Certains y ont répondu par une résistance alimentaire et à ne plus manger ou presque. D’où l’élévation du nombre d’anorexique depuis vingt ans. Par ailleurs, le trouble est aujourd’hui mieux détecté et le nombre de médecins spécialistes de cette maladie a augmenté. On a alors l’impression de faire face à une « épidémie ».


L’anorexie se voit plus chez les jeunes filles mais survient aussi chez les jeunes adolescents vers quinze –seize ans. Leur amaigrissement est encore plus important, alors que, paradoxalement, un tiers d’entre eux ont été des enfants obèses ; tout se passe comme si, à deux âges et par deux tactique pondérales différentes, le corps était utilise comme un outil pour exprimer son désaccord.

Attention, les maux de l'anorexie ne sont pas à attribuer exclusivement à notre société de consommation. En effet, le rapport à la nourriture est une composante inhérente à chaque être humain, dans toutes les sociétés du monde et du temps, et il peut se trouver perturber par des conflits psychologiques en dehors du contexte de société cultivant la minceur et la jeunesse.


Les dangers de l’anorexie


L’anorexie mentale est une maladie grave, mettant ineluctablement en jeu la vie du patient.

L’arrêt des règles est l’une des premières manifestations physiques ; elle se voit pratiquement chez toutes les jeunes filles anorexiques. Parfois elle précède même l’amaigrissement. Les règles réapparaissent lors de la guérison et de la reprise de poids ; le problème est que d’autres fonctions corporelles vont progressivement pâtir de la sous-nutrition.
 
L'apparence de l'anorexique est mise à mal : peau sèche, cheveux cassants, ongles striés, jambes paradoxalement lourdes voire déformées par les œdèmes, en plus d'une maigreur excessive. Là aussi, en cas de guérison et de retour à une alimentation normale, l’ex-anorexique retrouve généralement un physique normal.

Par contre si le refus de manger se prolonge, c’est le déroulement de la vie de tous les jours qui en est affecté : sensation de fatigue au moindre de effort rendant la marche épuisante, impossible de tenir debout plus de quelques minutes, pertes de connaissances, difficultés à rassembler ses idées.

La vie sociale déjà réduite pas ses absences aux repas, est limitées par ses faiblesses physiques.

Le corps et la santé morale sont mis en danger et parfois la mort est au bout du chemin, aussi, ce problème n’est pas à prendre à la légère


Quel message l’adolescent veut nous transmettre à travers l’anorexie ?


Ce trouble montre les difficultés de l’adolescente à résoudre les conflits personnels qu’elle peut avoir vis-à-vis d’elle-même ou de son entourage. L’expression du conflit se traduit par un passage à l’acte ; en l’occurrence par la crise de boulimie (l’adolescente mange rapidement et sans s’arrêter des quantités importantes de nourriture, choisies essentiellement pour leurs richesses en calorie et leurs caractères bourratifs et non pour leur saveurs. Elle mange tout sur ce qui lui tombe sur la main), ou, à l’inverse, par le refus obstiné de se nourrir, ou les deux combinés.

Si ce problème arrive généralement à l’adolescence, c’est parce que de nombreux problèmes se cristallisent durant cette période, modifications affectifs et modifications corporelles, aux relations avec la famille, à la psychologie individuelle et à la pression de la société. De l’interaction de tous ses éléments, va émerger le trouble alimentaire.

L’expression des conflits

L’anorexie est une réponse extrême à un conflit apparemment banal et lié aux changements corporels, psychiques ou sociaux, surgissant pendant cette période charnière qu’est l’adolescence. Même banal, le conflit occasionne le trouble alimentaire du fait du terrain psychique individuel et de l’environnement familial.

Dans un autre contexte, le même conflit aurait déclenché d’autres anomalies du comportement : Une toxicomanie, une fugue, un échec scolaire, un alcoolisme, une délinquance…

Tous ses troubles ont en commun la difficulté pour l’adolescente de résoudre, à un niveau mental, une situation de tension. Le corps de l’enfant subit des modifications, avec une nouvelle image de soi, avec des nouveaux devoirs, des responsabilités, elle devient de plus en plus indépendante et autonome et va devoir en même temps créer de nouveaux liens affectifs et intellectuels avec ses parents, ses frères et sœurs. Et lorsque que l’adolescente ne parvient pas à résoudre cette problématique, à en prendre conscience puis à la traiter psychiquement et intellectuellement, alors la réponse au conflit s’exprime par le passage à l’acte, c’est-à-dire par un trouble du comportement alimentaire.

Les anorexiques, contrairement au reste des adolescents, expriment un état de dépendance plus marqué. Cette dépendance excessive est le résultat d’un échec au processus « d’autonomie psychique », qui est normalement acquise dès son entrée en crèche ou à la maternelle.

Les relations précoces mère-enfant sont dans certains cas en cause. En effet lorsque la mère est hyperprotectrice ou bien utilise son enfant pour se valoriser elle-même, l’enfant aura du mal à différencier ses besoins de ceux de sa mère.

Cette difficulté à percevoir ses propres désirs rend l’enfant plus dépendant du milieu extérieur, il a besoin plus souvent de preuve et de soutien de la part de son environnement.

Cette dépendance est bien vécue durant la période de l’enfance car elle convient au statut « d’assisté » qu’a l’enfant ; en revanche elle sera mal supportée à l’adolescence car elle empêche le processus d’autonomisation affective, issus des transformations corporelles et psychiques liées à cet âge. N’ayant pas de contrôle sur ses propres relations affectives, l’adolescente va donc chercher à contrôler avec excès son appétit. C’est une façon de garder sa propre identité.


Pour aider à la guérison de l’anorexique, la famille et le médecin doivent non seulement s’attacher à faire disparaitre ce trouble alimentaire, mais doivent également réaliser un dialogue plus en profondeur avec l’anorexique.

Parfois, la responsabilité de la famille et plus précisément la personnalité de la mère est en cause dans ce trouble alimentaire de leur enfant. C'est pourquoi, des psychothérapies individuelles et familiales peuvent aider à régler ces conflits. Il ne faut pas culpabiliser la famille ni le patient. Il faut établir un dialogue et chercher des solutions.

Notons qu'il ne faut pas sous-estimer la responsabilité de la société. En effet, nombre de lmagazines féminins, de spots publicitaires ou d'actrices véhiculent l’image d’un idéal féminin « la beauté c’est la minceur ». Et ceux qui y sont le plus sensibles sont justement les adolescents, qui veulent aussi tester leur nouveau pouvoir de séduction. Mais paradoxalement, cet accès à la minceur devient difficile avec tout ce tapage publicitaire sur l’excès de nourriture, et des plaisirs gustatifs.

Cette double exigence, cette dualité, favorise l’expression des troubles du comportement alimentaire sans en être l’origine.

Quels moyens pour guérir de l’anorexie mentale ?


L’hospitalisation est toujours nécessaire lorsque la vie est en danger. L’anorexique est lors prise en charge tant sur le plan nutritionnel que sur le plan psychique. La réalimentation est progressive, en tenant compte des gouts de la jeune fille, sans aucun forcing (d'ailleurs, une renutrition brutale peut avoir des conséquences très graves sur la santé : hypophosphorémie, cytolyse hépatique etc. C'est pourquoi seul un suivi médical peut permettre d'éviter ces dangers)

La prise en charge psychologique se fait par un psychiatre +/- un psychologue.

La psychothérapie devra généralement durer plusieurs années pour être efficace sur le long terme. Souvent le médecin s’adresse aux parents, tout en gardant confidentiel le dialogue qu’il a avec eux. La confiance entre le médecin et l’anorexique, mais également entre le médecin et la famille, est indispensable à la réussite de la psychothérapie. Plus la relation entre le médecin et l’anorexique est durable, plus de succès elle aura.


La foi favorise-t-elle la guérison d’un anorexique ?


L'essor de la psychiatrie, en montrant l'individu dans son intégralité, à permis de montrer que les croyances et pratiques religieuses ont un impact important sur la santé physique et mentale.

Une personne ayant une croyance et une pratique religieuse pourrait mieux faire face à des troubles psychologiques voire même physiques que celui qui ne pratique pas de religion. En effet, le croyant, lorsque sa foi est forte, prend les choses de manière positive car il accepte les épreuves et demande de l'aide à Dieu pour les affronter et les surmonter.

La force du croyant à combattre ses troubles vient du fait que le croyant croit en Dieu, il s’en remet à Lui, et il est convaincu que Dieu est avec lui ou qu’il se trouve et place sa confiance en Lui.


Par ses prières et ses invocations, le croyant est en contact constant et quotidien avec Dieu, un lien qui fortifie le cœur et apaise l’âme. Dieu dit :


« O vous qui croyez, cherchez secours dans la patience et la prière, car Dieu est avec ceux qui font preuve de patience. » (Sourate El-Baqara verset 153)


La prière permet au croyant de ne pas être seul face ses problèmes et à ses soucis. La prière lui procure la paix et la sérénité qu’il recherche pour sortir de ses préoccupations internes ou externes.


Un célèbre psychologue William James a dit :

« La foi est un des forces qu’il faut absolument fournir pour aider les hommes à vivre, car son absence les rend incapables d’affronter l’existence »

Conclusion

Quelques chiffres :
dans un peu moins d'un tiers des cas pour chaque, il y a : soit une guérison définitive, soit des récidives avec des intervalles libres de symptomes ou des crises boulimiques, soit l'anorexie devient chronique.
Enfin, 5 à 10 pour cent mènent au décès (par cachexie due à l'amaigrissement extrême, ou par suicide).

Ainsi, l'anorexie est une maladie grave. C'est pourquoi, privilégions la prévention en instaurant de bonnes habitudes alimentaires et un dialogue suffisant avec son enfant. Et surtout, consultons un médecin qui saura nous orienter dès les signes l'alerte.


Enfin, la foi, par le soutien psychologique et la force intérieure qu'elle procure, est une aide durant toute la vie du croyant, y compris pour faire face à ses conflits psychiques ou à les résoudre.



Certains propos ont été tirés de ces sources :

De la conception à l'adolescence par Dr Jacques Fricker /Anne-Marie Dartois et Marielle du Fraysseix
-  Le rayonnement de la foi dans notre vie par Dr Youssouf
al-Qaradâwî
-  La foi et la morale par Dr Youssouf Al-Qaradâwî
lien interessant sur l'anorexie:
-http://www.bouliana.com/site/conseils.html