Posté le 24 novembre 2007 (lectures 3,069)
LFFM: NON à la VIOLENCE
Les femmes représentent la moitié de l'humanité. Pourtant, elles ont été fréquemment confinées dans nombre de sociétés à des rôles subalternes, et à avoir des droits limités. Au fil des siècles, suite à des luttes et des revendications souvent étouffées, elles se voient enfin peu à peu reconnaitre un statut égal à celui des hommes, notamment en obtenant le droit de vote (en 1944 en France). Pourtant, de nombreuses femmes subissent encore la violence...

En proclamant le 25 novembre "Journée internationale pour l'élimination des violences à l'égard des femmes", l'Organisation des nations unies (ONU) invitait les gouvernements et les organisations non gouvernementales à organiser ce jour-là des activités destinées à sensibiliser l'opinion publique à ce problème. La Ligue Française de la Femme Musulmane souhaite participer à cette sensibilisation : NON, n'acceptons plus la violence !


 
Introduction : Cette violence qui est reconnue aujourd’hui comme une violation des droits de l’homme, perdure dans notre société. Cette reconnaissance démontre d’une part, une volonté d’établir des rapports sociaux plus égalitaires, entre les hommes et les femmes et, d’autre part, maintient des idéologies et des structures qui occultent encore la pleine reconnaissance et la résolution de cette problématique.


La violence contre les femmes est un fléau universel qui touche chaque jour des millions de femmes de tout âge, de toute classe sociale, de toute ethnie. Il ressort de 48 enquêtes de population réalisées dans le monde que 10% à 69 %des femmes déclarent avoir été agressées physiquement par un partenaire intime de sexe masculin à un moment de leur vie.


Selon l’enquête Nationale sur les Violences envers les Femmes En France(ENVEFF), réalisée en 2000 par Maryse Jaspar et son équipe, les premiers résultats démontrent que c’est dans la vie de couple que les femmes adultes subissent le plus de violence physique, psychologiques et sexuelles. (1)


La portée et la gravité de ce problème est la preuve du statut erroné d'infériorité encore imposé aux femmes dans divers endroits à travers le monde. C’est la raison pour laquelle l’assemblée générale de l’ONU  a proclamé le 25 novembre "journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes" (1)

1. Les différentes formes de violences :


-Violences d’ordre physique : meurtre, viol, coups et blessures et tous abus sexuels…

-Violences d’ordre psychologique : harcèlement, intimidation, menaces, humiliation, et autres agressions verbales…

-Violences d’ordre social et culturel : les mutilations génitales, la discrimination, la négligence, les mariages forcés…


La violence contre les femmes la plus répandue est celle pratiquée au sein d’un couple ou causée par une personne intimement liée avec la victime et qu’on appelle « violence domestique ».

Elle implique des attaques contre les femmes faites dans la maison, dans le cadre familial ou lors d’une relation intime.



2. Les conséquences de la violence :

      a) Sur les victimes (en général des femmes)


    Ils vont au-delà de la santé et du bonheur individuel pour influencer sur le bien-être de la société entière.

    La violence peut avoir une incidence directe sur la santé physique (coups, blessures, contusions, fractures etc) mais psychologique (anxiété, dépression, trouble de la personnalité etc).

    Des études montrent que les femmes qui ont été victimes de violence physique ou sexuelle, pendant l’enfance ou l’âge adulte, sont plus souvent malades que les autres, leurs fonctions physiques et leur bien-être psychologique étant perturbés. Ces femmes sont plus susceptibles de développer des dépressions, de faire des tentatives de suicide, de syndrome de douleurs chroniques ou de troubles psychomatiques(3).


    Le rapport mondial de l’OMS sur la violence et la santé en 2002 (4) montre que :


    -L’incidence de la violence peut persister longtemps après la fin de celle-ci

    -Plus la violence est grave, plus l’impact sur la santé mentale et physique de la femme est profond.


      b) Sur les enfants


    Les enfants témoins de violences conjugales risquent de développer de nombreux problèmes comportementaux comme l’angoisse, la dépression, les mauvais résultats scolaires, les cauchemars…


    Selon un rapport de l’UNICEF en août 2006, sur l’impact de la violence familiale sur les enfants, les enfants témoins de violence entre les parents, manifestent souvent les mêmes troubles comportementaux et psychologiques que les enfants eux-mêmes victimes de violence. (5)

3. Qu’en est-il de la perspective islamique face à la violence faite à l’encontre des femmes ?

La révélation de l'Islam a provoqué une véritable révolution des moeurs et des pratiques, en interdisant diverses pratiques inhumaines et criminelles pratiquées à l'égard des filles dés la naissance, en annonçant un châtiment sévère à l’encontre de ceux qui perpétuent ces coutumes.

Mais l’Islam a aussi donné aux femmes des droits dont elles ne jouissaient pas auparavant, comme le droit à la propriété, à la prise de décision en matière de mariage, de divorce…

Par son comportement, le Prophète (Paix et Bénédiction sur Lui) est une preuve de cette noblesse de caractère vis-à-vis des femmes. Tous ses enseignements incitent le musulman à acquérir un bon comportement, en faisant preuve de mansuétude, de pudeur, d’affection avec les gens, et notamment les femmes, pour gagner l’agrément de Dieu.

 

C'est ainsi qu'on rapporte de nombreux hadiths témoignant de la tradition prophétique :

«  Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui sont meilleurs envers leur famille et je suis parmi vous le meilleur envers ma famille » rapporté par Ibn Mâjah


« …Recommandez-vous mutuellement de bien traiter les femmes… » Rapporté par Abou Hourayra


Parce qu’il se définit comme « paix » l’Islam condamne la violence sous toutes ses formes, que ce soit au niveau social, personnel ou national, en tant de paix comme en tant de guerre.


C’est parce que l’islam reconnaît le lien direct entre la paix, la justice et le respect des droits humains qu’il recommande la justice dans tous les aspects de la vie et dénonce la persécution comme un crime.


« Oh les croyants ! Ne suivez donc pas vos passions, afin d’être justes. » (Sourate les femmes verset 135)


« ….Et la persécution est plus énorme que le meurtre… » (Sourate 2 verset 217)


Tant que les femmes verront leurs droits humains niés, bafoués, il ne pourra pas y avoir de justice et encore moins de paix car la justice est une des conditions préalables et indispensables à l’instauration de la paix.

L’islam préconise et donne beaucoup d’importance à l’élaboration d’une solide famille, pierre angulaire d’une société forte. La cellule familiale doit se concrétiser par une relation basée sur le respect mutuel, la compréhension et la compassion qui doit s’appliquer au sein de la famille : «Et parmi ses signes, Il a crée pour vous de vous-mêmes des époux(ses) pour que vous viviez en tranquillité et Il a mis entre vous de l’affection et de la bonté … » S 30, V21.

Dans un autre verset nous pouvons admirer la forte symbolique de cette relation unique :


« …Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles… » (Sourate 2 verset 187)

 

Pourtant, aujourd’hui le constat est parfois amer devant diverses atteintes qui perdurent à l'égard des femmes, de la part d'hommes se prétentant musulmans. Cette réalité doit aboutir à une prise de conscience qu'il existe parfois un fossé considérable entre l'Islam théorique, et l'application faite par certains hommes.

C'est pourquoi de nos jours, il existe encore différents types de violence, ainsi que des mutilations comme l'excision du clitoris, ou des crimes dits d'"honneur". Ces pratiques condamnées par l'Islam sont des violations directes du droit de la femme ainsi que du message divin.

Gardant à l’esprit les concepts de justice et d’égalité, le musulman ne peut permettre une telle injustice comme la violence faite aux femmes. Il doit œuvrer pour l’éradication de cette violence et ceci commence par une remise en question personnelle, et ensuite agir pour que cela cesse.


4. Que faire ?

N'acceptons plus l'ignorance que l'homme nait supérieur à la femme. N'acceptons plus que des hommes se confortent dans cette idée ou que des femmes la subissent sans lutter. Combien de femmes de toute confession, de tous les horizons, se sentent obligées de rester dans une relation de violence car elles sont convaincues qu’elles doivent obéir à leurs maris quoiqu’il en coûte et parfois au détriment de leur santé morale et physique. Certaines femmes n’osent même pas en parler par crainte de perdre leur famille. D'autres encore se méfient de la stigmatisation et de la honte.  Une femme est parfois non seulement battue par son mari, mais aussi par son père, mère, frères, sœurs et autres parents. Par peur ou par honte de révéler les mauvais traitements qu’elles subissent, par conviction qu’elles sont les seules responsables du maintien de la paix du foyer, elles n’osent briser ce silence.


 

Agir efficacement pour lutter contre cette oppression faite aux femmes 

        1) Commencez par une autocritique de vos comportements envers le sexe féminin


    · Comment vous comportez-vous avec votre mère, votre épouse, votre fille, votre sœur, votre voisine, votre collègue de travail ou camarade de classe ?

          · Les considérez-vous avec respect et considération ?

          · Est-ce que vos actes correspondent à vos paroles ?

          · Avez-vous déjà montré de la violence envers votre femme, verbalement (insultes, moqueries…) ou physiquement ?

          · Avez-vous déjà haussé la voix et perdu le contrôle de vous-même contre votre femme ?


      Il est important de répondre honnêtement à ces questions et de se montrer critique car l’islam fait toujours appel à l’intelligence, à la réflexion, à l’autocritique de nos actes et d’une remise en question de notre pratique.


        2) Ensuite la deuxième phase consiste à s’auto-éduquer :


        - Apprendre et reconnaître que les femmes ont des droits ( d'ailleurs reconnus et affirmés par l’islam (liberté spirituelle, financière, droit au respect et à la à la considération…)

        - Considérer que la femme a un rôle aussi important à jouer dans la société et qu’elle est autant responsable sur l’essor social que l’homme (et ceci à commencer par l’éducation des générations au sein de la cellule familiale et à finir par les prises de décisions politiques au niveau de la plus haute sphère de l’état)

        - Se comporter dignement envers les femmes et apprendre à maîtriser sa colère


      3) N'hésitez plus à prendre un rôle actif dans la défense des droits de la femme :


          · En donnant votre point de vue sur les mauvais traitements infligés aux femmes

          · En identifiant et en s’opposant à toutes formes de violence domestiques dans votre lieu de travail, votre famille, votre entourage, l’école.

          · En montrant votre réprobation, en dénonçant ce fléau en écrivant des lettres, des articles contre la maltraitance de la femme.

          · En aidant les hommes à corriger leurs propres attitudes négatives à l'égard des femmes.
          · En refusant de se livrer à des commentaires insultants, des plaisanteries obscènes ou des déclarations déformées au sujet des femmes :


          1- Défiez tout un langage sexiste installé à travers des plaisanteries, des images qui dégradent les femmes et qui aident à créer un climat dans lequel les formes de violence et d’abus contre les femmes sont acceptées.

          2- Evitez et enrayez des mots qui dégradent les femmes et qui reflètent une société qui a toujours placé les femmes dans une position de deuxième classe.

          · En essayant de recherche la cause de cette violence chez l’homme car l’homme ne naît pas violent il le devient.

          · En apprenant aux jeunes à se respecter mutuellement et à ne pas prendre la violence comme moyen de communication.


        4) Encourager l’éducation des jeunes filles et des femmes


      Elles doivent apprendre à connaître leurs droits car lui refuser l’éducation c’est un signe évident d’un abus à son encontre facilitant ainsi l’installation d’un climat d’oppression et d’agression. Et c’est par l’éducation que des pratiques culturelles non conformes aux droits de l’homme seront éradiquées. Notons que l'Islam encourage l'apprentissage pour toutes et tous, et le Coran nous enseigne même que
      "le chemin vers la connaissance est un chemin vers la foi"


        5) Instaurer le respect dû aux femmes


      Les femmes en sont dignes comme n’importe quel être humain. Certains respectent leur mère mais ils n’étendent pas ce respect aux autres femmes de leur famille ou à leurs épouses !


      Toute femme a droit au respect. Ajoutons que la correction des fausses idées sur la personnalité de la femme, passe préalablement pas une rectification de la conception que la femme a d’elle-même. Car son comportement positif et sa confiance en elle, aideront à l’épanouissement de la société.


      Comme le disait l’ancien secrétaire de l’Organisation des Nations Unis, Boutros Ghali et d’autres avant lui :


      « Il ne peut y avoir de véritable développement social sans amélioration de la condition de la femme .Les droits fondamentaux ne méritent pas ce qualificatif si la moitié féminine de l’humanité en est exclue… »

      Le respect retrouvé, elle contribuera plus activement à la promotion de son image et à la lutte des fausses idées qu’on a sur elle.


      En outre tous les moyens doivent être mis en place pour aider les femmes victimes de la violence, sachant que tous les systèmes ne sont pas ou mal préparés pour reconnaître les premiers signes de violence.

      Protéger la femme contre tout abus, maltraitance et injustice c’est lui permettre de mieux assurer son rôle d’éducatrice et notamment de transmettre son savoir et ses connaissances à ses enfants, filles et garçons, afin que ceux-ci participent équitablement à la construction d’une société sereine et juste.


      Promouvoir la violence contre les femmes c’est entraver la liberté de toute une société alors qu’œuvrer pour un monde de paix c’est avant tout œuvrer pour reconnaître et ne pas priver la femme de son droit humain à la justice et à la dignité.

Qu'il n'y ait aucune tolérance pour les abus et la violence contre les femmes !

The words of a famous ad campaign state, "There's no excuse for domestic violence."If we hold this in mind, the future for battered women will be a positive one.

Si cet état d’esprit «  aucune excuse à la violence familiale » est conservé alors l’avenir de toute l’humanité sera sauvé


(1) www.sante.santé.gouv.fr/htm/actu/violence/données.htm(2) C’est le 17 décembre 1999, par sa
résolution 54/134,que l'Assemblée générale a proclamé le 25 novembre Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, et a invité les gouvernements, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales à organiser ce jour-là des activités conçues pour sensibiliser l'opinion au problème.


(4) http://www.who.int/violence_injury_prevention/violence/world_report/en/full_fr.pdf


Autres liens :

Amnesty internationale : http://netfemmes.cdeacf.ca/les_actualites/lire.php?article=4550

http://www.fidh.org/spip.php?article2258