Posté le 26 juin 2007 & (lectures 34,479)
LFFM: Islam et contraception
Introduction :
La contraception n’est pas un terme inconnu à l’islam et possède même une longue histoire. Avicenne (Ibn Sina), un grand médecin musulman décrit, dans son livre intitulé ‘’Quanoun’’ une vingtaine de substances différentes de contraception. De tels écrits ont servis de base à une réflexion européenne sur la contraception.  Cependant celle-ci ne peut être envisagée hors du cadre du mariage. En effet, l’islam considère que le mariage entre un homme et une femme est le seul cadre légal pour répondre à l’instinct sexuel et pour fonder une famille


Plusieurs versets coraniques y font référence :

« Et parmi Ses preuves, Il a créé de vous, pour vous, des épouses, afin que vous viviez en quiétude avec elles, et Il a mis entre vous de l’affection et de la compassion. » Sourate 30 verset 21

« C'est Lui qui vous a créés d'une seule âme dont il a tiré son épouse, pour qu'il trouve de la quiétude auprès d'elle » Sourate 7 verset 189.

« Allah vous a donné des épouses d'une même origine que vous, afin que vous trouviez la paix auprès d'elles. Il vous a donné des enfants et des petits-enfants. » Sourate 16 verset 72

Ces versets suggèrent que la quiétude est un but important de la vie de famille et qu’elle est réalisée dans le cadre du mariage. Par ailleurs, si la procréation est attendue dans le cadre du mariage pour la continuité de la race humaine, les relations sexuelles dans le mariage ne se limitent pas exclusivement à des fins reproductives. Il existe ainsi un Hadîth où le Prophète (Paix et Bénédiction de Dieu sur lui) a dit que la sexualité vécue entre les époux était un acte de charité. Et à ses Compagnons étonnés du fait que quelqu'un puisse être récompensé d'avoir du plaisir et d'assouvir ses désirs, le Prophète répondit qu'étant donné que le couple vit sa sexualité dans le cadre du mariage et non du péché, c'est un acte récompensé par Dieu (sens du Hadîth rapporté par Muslim, n° 1006, et autres).

Sur ce point, l’Islam s’écarte d’autres religions qui considèrent que le seul objet des relations sexuelles est la procréation. Du point de vue de l’islam, si la procréation demeure la finalité de l'existence du désir sexuel, ce n'est qu'un des objectifs que l'islam assigne à la sexualité.
De plus, lorsqu’il y a procréation, cette dernière vient renforcer et consolider la sérénité et non la perturber.
Par ailleurs, la contraception aide les familles à y parvenir en ayant des enfants lorsqu’elles le souhaitent et lorsqu’elles sont prêtes à en avoir.
Vue l’importance de la famille en islam et le développement des contraceptifs modernes, les juristes des différentes écoles islamiques de jurisprudence (voir définition n°1) ont examiné avec grande attention la question de la contraception.

1. Justifications de la contraception dans les études juridiques islamiques

Les juristes islamiques qui étudient la planification familiale ont fourni plusieurs justifications de la contraception.
Pour l’essentiel, ils affirment que l’Islam est une religion de modération et rappellent les principes de « liberté » ou d’« acceptabilité » de l’Islam : ce qui veut dire que tout est permis par la loi à moins d’être expressément interdit par le Coran ou la tradition du Prophète (Sunna).
Nulle part il est cité dans le Coran qu’il est interdit à un mari et une femme d’espacer les grossesses ou d’en limiter le nombre.
Selon ces juristes, le silence du Coran sur la question de la contraception n’est pas une omission divine puisque Dieu « sait tout » et que l’Islam est éternel. Les défenseurs de la planification familiale signalent en outre que le coït interrompu (retrait ou ‘azl), était déjà pratiqué à l’époque du Prophète par ses compagnons : Des Compagnons racontent : "Nous pratiquions le coït interrompu à l'époque du Prophète. Le Prophète le sut et ne nous l'interdit pas" (rapporté par Muslim, n° 1440).
Selon la majorité des théologiens de la plupart des écoles de jurisprudence islamique, le retrait est acceptable s’il est effectué avec le consentement de la femme. Dans l’Islam, une femme a le droit tant au plaisir sexuel qu’à la reproduction.
Dans toutes ses institutions et ses règles, l’Islam relève de la raison et demeure en harmonie avec le caractère naturel de l’être humain (filtra).
L’Islam serait donc en faveur de la planification familiale si l’espacement des grossesses et la limitation de leur nombre amélioraient la condition physique de la mère et la situation financière du père, et notamment dans la mesure où ces actions n’enfreignent aucun des interdits du Coran ou de la tradition du Prophète (Sunna).
Un principal partisan de cette vue est Al-Ghazali ( que Dieu lui accorde sa miséricorde), qui base ses conclusions selon le principe bien établi que ce qui n'est pas interdit par le texte coranique ou par un Hadith authentifié (mots du prophète), ou par le raisonnement analogique en ce qui concerne l'un ou l'autre ou tous les deux, est permis.

« Et Il ne vous a imposé nulle gêne en religion » (sourate el hajj verset 78)
« Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut point la contrainte pour vous » (sourate el baqara verset 185)

Si une fécondité excessive provoque des risques prouvés pour la santé de la mère et des enfants, ou des difficultés économiques ou de la gêne pour le père, ou qu’elle empêche les parents d’élever correctement leurs enfants, les musulmans sont autorisés à réguler leur fécondité de manière à réduire ces difficultés.
Les juristes interprètent la recommandation faite par le Coran d’allaiter pendant deux ans et la recommandation faite par le Prophète d’éviter toute grossesse pendant l’allaitement comme étant en faveur de l’espacement des naissances.
« Et les mères qui veulent donner un allaitement «Allaitement complet", allaiteront leurs bébés deux ans complets. Au père de l’enfant de les nourrir et vêtir de manière convenable. Nul ne doit supporter plus que ses moyens. La mère n’a pas à subir de dommage à cause de son enfant, ni le père à cause de son enfant. Même obligation pour l’héritier. Et si après s ‘être consulté tous deux tombent d’accord pour décider le sevrage, nul grief à leur faire. Et si vous voulez mettre vos enfants en nourrice, nul grief à vous faire non plus, à condition que vous acquittiez la rétribution convenue, conformément à l'usage. Et craignez Allah, et sachez qu'Allah observe ce que vous faîtes." (2;233)

2. Vue médicale : Les différentes méthodes contraceptives

La variété des méthodes contraceptives disponibles de nos jours est mentionnée ci-dessous. Pour faciliter la présentation, elle sera classifiée en trois catégories: les méthodes irréversibles, les méthodes réversibles préventives, les méthodes réversibles post- conception.

Les méthodes irréversibles (permanentes)

- La vasectomie chez l'homme, qui interrompt l'émission des spermatozoïdes. Le canal déférent est coupé ou lié après incision de la peau des bourses.  

- La ligature des trompes chez la femme:
Cette procédure bloque les trompes et empêche l'œuf et les spermatozoïdes de se rencontrer.

Les méthodes préventives: Elles empêchent la fécondation de l'ovule.

- L'abstinence:
Le fait d’éviter toute relation conjugale pendant un certain temps. Cette méthode est la meilleure et la plus efficace mais elle n’est naturellement tolérée par le couple que pour une courte durée.

-
Il existe quatre méthodes naturelle de contraception (méthode des températures, méthode de la glaire cervicale ou méthode de Billings) permettant de déterminer les phases fécondes et infécondes par l'examen quotidien de la température et de la glaire cervicale afin d'éviter toute relation pendant les jours féconds. Elles ne présentent pas d'effets secondaires mais elles sont assez fastidieuses et ne sont pas toujours efficaces.
La méthode des calculs de probabilité (Ogino-Knaus): Cette méthode est largement dépassée, basée sur le cycle menstruel et la probabilité d'ovulation.
La méthode thermique: Méthode dépassée, se fondait sur les changements de la température de la femme au moment de l'ovulation. Après l'ovulation, la température monte à un niveau plus élevé.
La méthode de la glaire cervicale (Billings): La glaire cervicale est une substance visqueuse sécrétée par les glandes du col utérin ou plus précisément les glandes endocervical. Cette méthode se base sur l'observation des changements de la glaire cervicale ( quantité, couleur, élasticité) qui se produisent au cours du cycle menstruel. Avant l'ovulation, la glaire peut devenir liquide, transparente ou lubrifiante. Après la phase ovulatoire, la glaire se modifie devenant épaisse et agglutinante, ou disparaît complètement laissant une sensation de sécheresse. Lors de la période d'infertilité, la glaire cervicale tapisse le col utérin empêchant ainsi le passage des spermatozoïdes. Lors de la période de fertilité, la glaire facilite le passage des spermatozoïdes pour qu'ils puissent cheminer vers l'ovule (glaire glissante, filante). La période fertiles est située entre 10-18 jours du cycles accompagnée d'une glaire humide, glissante et lubrifiante. 
 Méthode thermique et sympathique : la méthode sympto-thermique combine l'observation de la température matinale aux caractéristiques de la glaire cervicale et à d'autres indications de l'ovulation: sensibilité des seins, douleurs, un léger saignement.
Il est conseillé de combiner plusieurs méthodes naturelle afin de détecter l'ovulation et d'ajouter un contraceptif de barrière (préservatif ou autres) durant les périodes de fertilité.

- Le retrait ou la méthode du ‘azl 

- Les spermicides :
Ils comprennent des mousses, des gelées (ou crèmes), des ovules et des comprimés solubles à introduire dans le vagin. Ces produits associent un agent tensio-actif (qui modifie la perméabilité des membranes de la cellule et détruisent les spermatozoïdes) à un agent bactéricide.

- Les préservatifs masculin ou féminin: Ils empêchent la libération de spermatozoïdes dans le vagin.

- Le diaphragme: C'est une membrane de latex induit de spermicide sur un anneau métallique flexible posé au fond du vagin. Il tue les spermatozoïdes avant qu'ils n'atteignent l'ovule.

- Les pilules oestro-progestatifs classiques combinés ou séquentiels et les oestro-progestatifs minidosés appelés minipilules et également micropilules:
Ils associent un œstrogène à un progestatif à dose identique (combiné) ou variable (séquentielle). Ils agissent à trois niveaux: Ils bloquent la synthèse des hormones FSH et LH bloquant ainsi l'ovulation. Ils rendent la glaire épaisse, imperméable aux spermatozoïdes et l'endomètre (muqueuse interne de l'utérus dont l'élimination provoque les règles) atrophique impropre à la nidation.
Ces pilules sont efficaces mais comportent des effets secondaires. On peut citer le risque de phlébite, l'action sur le métabolisme des lipides, les jambes lourdes, les seins gonflés, le risque d'hypertension artérielle et la prise de poids. Et en cas de surcharge en œstrogènes: nausées, vomissements, instabilité, céphalées (mal de tête), tension mammaire, sécrétion cervicale abondante, candidose... En cas de surcharge en progestatifs: état dépressif, céphalées à l'arrêt du traitement, sécheresse vaginale… Les effets secondaires des séquentiels sont identiques à ceux des classiques mais favorisent aussi l'apparition ultérieure de cancer de l'endomètre. Les effets secondaires de la minipilule sont également identiques à ceux des pilules classiques mais sont moins importants.

Les pilules progestatives pures:
La pilule progestative est une pilule contraceptive qui ne contient pas d'oestrogène. Elle ne contient donc qu'un progestatif de synthèse. La pilule progestative est aussi souvent dénommée à tort: "micro-pilule". La pilule progestative a une efficacité qui dépend du progestatif utilisé. Actuellement les dernières pilules progestatives pures ont une efficacié égale à la pilule combinée.
La pilule progestative agit comme la pilule combinée. Elle épaissit la glaire cervicale, c'est-à-dire qu'elle empêche le passage des spermatozoides. Elle réduit l'épaisseur de l'endomètre (la paroi intérieure de l'utérus). Elle bloque l'ovulation, mais ce blocage est moins systématique qu'avec une pilule combinée. Sous pilule combinée, le blocage de l'ovulation est de 98%, tandis que sous pilule progestative il dépend du progestatif utilisé.
La pilule progestative, du fait de la seule présence de progestatif, peut entraîner une poussée d'acné, de la séborrhée et une chute des cheveux. Par contre, du fait de l'absence d'oestrogène dans cette pilule, les risques cardio-vasculaires que pourraient rencontrer certaines utilisatrices, sont inexistants. Il n'y a donc aucun risque de thrombose veineuse profonde (phlébite) ou d'embolie pulmonaire.
Les progestatifs peuvent être responsables de mastopathie (maladie du sein), mastodynie (douleur des seins), des irrégularités menstruelles, des aménorrhées en début de traitement… En ce qui concerne le cancer du sein, il n'y a aucun risque là encore, puisque c'est l'oestrogène des pilules combinées qui est susceptible de le faire survenir. Il est à signaler encore que la pilule progestative est conseillée pour les femmes qui fument, qui sont obèses, qui ont déjà fait une thrombose veineuse profonde, qui ont des troubles de la circulation du sang ou qui sont diabétiques.

- Les nouveaux procédés tels le patch et les implants tombent dans la catégorie des pilules dans la mesure où ils agissent de la même façon c'est à dire par libération hormonale.

- Les méthodes post-conception: Elles interviennent après la fécondation de l'ovule

- Le stérilet :
Les stérilets (DIU) sont des objets de petite taille destinés à être placés à l'intérieure de l'utérus. Pour augmenter leur pouvoir d'action, du cuivre, de l'argent, de la progestérone ont été ajoutés. Son mécanisme d'action est encore mal élucidé. Ce dispositif est un contragestif qui empêche la nidification de l'œuf fécondé dans l'utérus. Selon certains médecins, il est possible qu'il entraîne une absence d'ovulation induit par une réponse ("feedback") à la présence d'un corps étranger dans l'utérus.

- La pilule du lendemain et le RU486 (formes injectables): Ce sont des abortifs chimiques qui interceptent l'ovule fécondé dans les 72h après un rapport.

Conclusion :

La grande majorité des théologiens estiment que la contraception est autorisée par l’Islam, mais ils en limitent essentiellement la pratique aux méthodes temporaires.

Une majorité écrasante de théologiens qui ont approuvé l’emploi des contraceptifs modernes ont exprimé des réserves quant aux méthodes permanentes de stérilisation féminine ou masculine (vasectomie ou ligatures des trompes).

Il est important de comprendre que si une méthode de contraception est choisie par le couple alors celle-ci ne doit pas se faire sans l’avis d’un médecin spécialisé afin d’être conscient des conséquences et de ne pas perdre de vue que parmi les finalités de l’islam, se trouve en premier lieu le respect de la personne humaine, le maintien de sa vie et la protection de son corps et tout ce qu’on entreprend dans ce domaine doit tendre vers cet objectif.

Il est utile ici de rappeler quelques grands principes sur lesquels se base le point de vue islamique en matière de bioéthique :

Le caractère sacré de la personne humaine, le respect de son intégrité physique et psychique partent du principe que la vie est un don de Dieu.

Une nécessité extrême autorise ce qui est interdit

En droit islamique, en cas de force majeure, ce qui est interdit peut devenir éventuellement licite sans encourir le péché. Cependant, les conséquences qui découlent d'une "nécessité extrême" doivent être objectivement estimées selon le verset 145, Sourate 6 qui dit :
« ….Quiconque est contraint, sans toutefois abuser ou transgresser, ton Seigneur est certes Pardonneur et Miséricordieux »

Tout préjudice à autrui doit être évité, sachant que la prévention du mal doit toujours passer avant la recherche de tout avantage.

 
Désolé, les Commentaires ne sont pas autorisés pour cet article.