Posté le 15 mars 2007 (lectures 2,322)
LFFM: Proposition d'une nouvelle charte de la laicité dans les lieux publics?
Proposition d'une nouvelle charte de la laicité dans les lieux publics?

Triste anniversaire : voici trois ans jour pour jour que la loi du 15 mars 2004 est rentrée en vigueur, loi
“encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics”.
Autre anniversaire : celui de la naissance du 
Comité 15 mars et Libertés qui fournit aide et assistance aux victimes de cette loi.

Aujourd'hui, loin d'en avoir fini avec la chasse aux "signes distinctifs ", une nouvelle charte sur la laicite est en préparation, avec comme ajout majeur l'extension à tous les lieux publics et non pas seulement aux écoles, collèges et lycées publics. Sous le drapeau admirable de la laicité, c'est une communauté toute entière qui va de nouveau être montrée du doigt et, cible facile, c'est la fille et la femme musulmanes qui ont fait le choix de porter le foulard qui seront les principales victimes. Mais c'est aussi le principe de la laicité qui est bafoué.


Ce projet qu'on nous présente à nouveau comme "une charte pour la laicité" est une charte contre les religions et vise plus particulièrement les musulmans.  Cette charte tient presque de la réforme de la pratique religieuse musulmane, et le foulard, signe visible d'une religion crainte et fantasmée, mais surtout méconnu, tend à être interdit en France. La polémique fuse, et les arguments disparaissent au profit du fait divers qui prend le pas sur le bon sens, et de l'amalgame au dépend de la connaissance. Ainsi, pour évoquer la femme musulmane, on parle des femmes battues et de l'excision, et pour parler du foulard, on évoque les dérives, notamment contre certains gynécologues pour ne citer qu'elles.

Sous couvert de vouloir défendre la femme, on pose un ultimatum à chaque femme musulmane qui couvre ses cheveux : "soit ton voile soit ton savoir". Or, la laicité dans son essence, ne serait pas appliquée si le gouvernement marginalisait une partie de ses citoyens en décidant de ce qu'il leur permet ou pas dans leur spiritualité et leur pratique. La laicité considère que la croyance religieuse relève de l'intimité de l'individu, et est une défense de la liberté de conscience et de la liberté de culte.

Ce type de proposition est en contradiction avec le principe de liberté religieuse et ce principe a été clairement énoncé par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, ratifiée par la France, et reprise telle quelle par le Conseil de l'Europe et la Cour de Strasbourg, ultime instance d'appel. Le voici , tel qu'il a été rédigé principalement par des Français, religieux ou athés :

Article 18 : Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.

Le texte est extrêmement précis : il parle des rites, y compris dans l'espace public. Il était hors de question, pour les rédacteurs, d'admettre une version « molle » de ce principe, comme la seule liberté de croire dans son fort intérieur ou le droit de n'accomplir les rites que dans l'espace privé.

Aujourd'hui les arguments sont les suivants: On dit « majeures ou pas, il faut interdire dans l'espace public (y compris les entreprises, y compris les facs) les signes d'une religion qui opprime les femmes et qui est en passe de devenir dominante dans certaines parties de notre territoire ». Il ne faut pas s'obstiner à voir une quelconque oppression dans le fait qu'une femme choisisse de se couvrir les cheveux. La diabolisation d'une religion méconnue ou "mal-connue" ne devrait pas mener à la prohibition de sa pratique.

Nous tenons à rappeler que la liberté religieuse, c'est le respect du droit de chacun de s'adonner à une spiritualité et une pratique religieuse qu’il a choisi, avec conscience et croyance. La faille du débat unilatéral concernant l'Islam est d'attacher à cette religion l'ignorance de sa teneur. C'est là où devrait commencer le débat sur la laicité :

Comprendre la religion musulmane et les citoyens français de confession musulmane.

La lutte pour la liberté et l'indépendance de la femme est la lutte de chaque citoyenne et citoyen conscient d'un statut rétrograde de la femme perpétré trop longtemps. Mais la lutte contre le port du foulard ne doit pas se targuer d'être une défense de la femme, et il est dangereux que certaines personnes se disent porte-parole de cette défense en s'opposant au port du foulard. En effet, c'est s'opposer à la volonté de nombreuses femmes et les meurtrir dans leur dignité et leur choix spirituel. De nos jours, la femme musulmane française pratique, dans la très grande majorité des cas, sa religion en connaissance de cause, et son choix religieux est le choix d'une vie, déjà remplie socialement, professionnellement.

La Ligue des droits de l'Homme, la Ligue de l’enseignement, le MRAP et toutes les forces de défense de la liberté ont clairement condamné cette "loi sur le port de signe religieux dans les école, collèges et lycées". Une solution jugée à la fois « tordue », contraire à un droit universel, et surtout une capitulation devant l'identité de chacun, au delà même du communautarisme.
Exclues de l'école de la République, des universités, des facultés, des entreprises, ces filles n'auraient que la ressource de rester chez elles. Au nom de quelle laicité vise-t-on une telle discrimination ? Au nom de quelle valeur républicaine tolérons-nous cela ? Surement pas au nom de la laicité.

Comment peut-on parler d'égalité, de parité alors qu'une partie de la population française subit cette nouvelle discrimination identitaire et religieuse ?

Nous manifestons très fermement notre opposition à toute proposition stigmatisant l'islam et les femmes musulmanes en particulier.

Nous appelons à un débat de fond sur ces questions à travers des discussions, des rencontres, des débats publics, et à lutter ensemble, en tant que citoyennes françaises, voilées ou pas, croyantes et non-croyantes, contre toutes les discriminations et pour l'égalité.

Ligue Française de la Femme Musulmane
15 Mars 2007