Posté le 06 janvier 2007 (lectures 12,886)
LFFM: Tenue vestimentaire de la Femme Musulmane : comprendre le hijab en Islam
Tenue vestimentaire de la Femme Musulmane

 
Pour parler de la tenue vestimentaire de la femme musulmane, il faut revenir à sa source : la Révélation coranique et le Tradition prophétique 



 Dans le verset 31 de la sourate An-Nur (La Lumière), le Coran parle de « khimar » qui est une sorte de foulard qui couvre les cheveux et qui couvre en même temps le cou et la poitrine:
« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur foulard sur leurs poitrines (…) ».


Dans le verset 59 de la sourate Al-Ahzab (Les coalisés), le Coran parle du « Jilbab » qui est une sorte d’habit ample que doit mettre la femme :

« O prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux épouses des croyants, de ramener sur elles leurs  «  jilbab », ainsi elles seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. »



La Tradition prophétique définit clairement dans un hadith authentique ce qu’est la tenue vestimentaire de la femme : Aïcha (que Dieu soit Satisfait d’elle), l’épouse du prophète (paix et bénédiction sur lui), a raconté que sa sœur Asma (la sœur aînée de Aïcha) était entrée chez le prophète (pbsl) portant des vêtements très fins. Alors, le prophète (pbsl) détourna la tête et dit : « Asma, à partir du moment où elle est pubère, il ne convient plus que l’on voie de la femme autre chose que ceci » (en montrant son visage et ses mains). Rapporté par Abou Dawoud et Al-Bayhaqi


Le port du foulard puise ainsi ses sources dans le noble Coran, parole de Dieu pour tous les musulmans, ainsi que dans la Sunna, tradition du prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui). C’est donc un acte de foi, qui fait partie intégrante du culte musulman, de l’islam. En société, il est prescrit devant les personnes avec lesquelles la femme peut contracter un mariage durant sa vie.

Les versets concernant la prescription du port du hijab dans l’histoire de la Révélation, sont descendus à Médine, après treize années de prêche à la Mecque par le prophète Mohammed (pbsl) pour enraciner la foi en Dieu L’Unique, dans le cœur des croyants. Il faut comprendre de cela que l’essentiel est d’abord une compréhension profonde, la pratique découlant de cette compréhension du sens de la soumission au Créateur.



Peut-on être voilée et libre ?



La musulmane ou le musulman est celle ou celui qui est en paix avec lui-même, avec sa conscience, parce qu’il est en paix avec son Créateur Auquel il obéit et qu’il reconnaît. Et il sait qu’au fond de lui-même, il existe un besoin de spiritualité qui ne peut être comblé s’il n’y a pas cette reconnaissance. Et la reconnaissance de Dieu se conçoit par l’application de Ses prescriptions.



Au sein de la Création de Dieu, se situe l’être humain, possédant une âme, une dimension spirituelle, et une liberté fondamentale. L’être humain a la possibilité de faire un choix. Ce choix consiste à, soit reconnaître Dieu et se soumettre, et entrer ainsi dans l’harmonie de la Création, soit rester indifférent et vivre loin de cette relation fondamentale qui nous lie à notre Créateur, soit se rebeller et rejeter l’idée de Dieu comme Créateur. Ainsi, la soumission à Dieu n’a de sens qu’à partir du moment où l’être humain est libre. Se soumettre à Dieu, prier ou porter la tenue prescrite, n’a de sens que si l’être humain le fait de sa propre volonté. C’est pourquoi la parole coranique dit : « Nulle contrainte en religion » (V. 255, S. 2). En ce sens, nulle ne peut contraindre quelqu’un à la foi islamique ni au port du foulard. Et nous avons condamné à plusieurs reprises dans les médias la contrainte au port du voile, comme nous condamnons la contrainte à l’enlever, les deux attitudes provenant de la même injustice.




Une femme voilée est-elle plus pudique que les autres ?



La foi, la pratique et le comportement ou la morale sont indissociables en islam. Cette notion de la de pudeur en islam est essentielle à la compréhension de la dimension éthique de la tenue vestimentaire. « La pudeur est une des branches de la foi » selon un hadith authentique (rapporté par Boukhari et Mouslim). Il est essentiel de souligner que la pudeur a un sens très général, c’est un état d’esprit d’humilité et de crainte devant Dieu, le pudique n’ose pas être à l’aise tout en commettant des interdits ou des actes déconseillés par la religion. En s’habillant, le croyant ou la croyante essaie de se conformer tant qu’ils peuvent et ceci concerne autant l’homme que la femme. La partie du corps à couvrir en société chez l’homme s’étend du nombril jusqu’au-dessous des genoux. Nombreux se demandent pourquoi l’homme ne doit-il pas couvrir son corps en entier ; afin de comprendre ce fait, il est nécessaire de revenir aux réalités corporelles qui différencient l’homme et la femme et de comprendre que la différence ne fait pas l’inégalité, mais qu’elle reste une différence tout simplement.






Avant d’aborder la question de la pudeur, il est essentiel de souligner qu’une femme ne portant pas le foulard ne signifie pas que cette dernière n’ait aucun sens de la pudeur ni aucun principe moral. Notre démarche a pour objectif d’expliquer et de donner à comprendre la dimension éthique du hijab, et en aucun cas de porter un jugement sur les personnes nous entourant. Nous refusons les analyses simplistes et binaires insinuant qu’une femme ne portant pas un foulard serait dénuée de valeurs profondes, de pudeur et de respect de soi, tandis que la femme le portant aurait saisi entièrement la dimension éthique de l’islam. Nous respectons le cheminement intérieur de chacune.




Un point important mérite d’être traité : porter le hijab ne signifie pas que celui-ci doive être laid, au contraire; l’islam aime la propreté, la beauté mais il s’agit d’une beauté décente, c’est-à-dire qui n’est pas destinée à séduire ; la dimension de la séduction étant réservée au cadre du couple.


Ensuite, nous pouvons nous demander ce que veut l’islam par la pudeur : une intimité des corps réservée au couple et préservée. Les liens entre les époux sont ainsi renforcés. C’est une protection du couple afin que la famille soit protégée, que la société (ayant pour cœur la famille) rayonne et que l’humanité puisse s’épanouir.


Aujourd’hui, beaucoup de maux, affectant les sociétés modernes, sont dus au manque de pudeur qui est devenue une vertu délaissée et rare. Face à cette actualité, nous pouvons apprécier combien le message de l’islam est universel et intemporel, et combien il serait fructueux pour les hommes et les femmes de méditer sur les paroles suivantes de notre prophète bien-aimé Mohammed (pbsl): « Chaque fois que l’impudeur se mêle à quelque chose, elle l’enlaidit ; mais, chaque fois que la pudeur se mêle à quelque chose, elle ne fait que l’embellir ».



La pudeur donne à la société toute son humanité. Manquer de pudeur, c’est manquer d’humanité. Priver le monde de pudeur, c’est le conduire vers une déshumanisation évidente. L’islam nous conseille et nous prescrit la pudeur pour des raisons profondément philosophiques et pour le bien de l’humanité.



Une féminité assumée :



En islam, il n’ y a ni tabou, ni honte, ni timidité. La femme musulmane portant le hijab assume pleinement sa féminité, elle n’a pas honte de son corps, bien au contraire : elle le préserve et se respecte dans la totalité de son être.



Une femme, bien avant d’être une fille, une épouse, une mère, est une femme avant tout, avec ses besoins spirituels, intellectuels, affectifs, physiques. L’islam reconnaît cette dimension-là et la femme musulmane est, avant toutes ses fonctions familiales, une croyante, un être doté d’un corps, qu’elle essaiera de préserver pour Dieu et d’une âme, qu’elle s’efforcera de nourrir par le rappel de Son Créateur et par Son adoration. C’est un être qui ne se vit pas dans la négation de ce qui compose sa personne, mais qui se vit dans la maîtrise de soi ; et il n’y a pas de maîtrise de soi sans acceptation de ce que l’on est. C’est ce qui fonde la spiritualité musulmane, et qui concerne aussi bien l’homme que la femme : ne pas nier la dimension du corps, la dimension des sentiments, mais apprendre à se maîtriser pour se libérer.



DIMENSION PHILOSOPHIQUE ET SOCIALE :



Au-delà des apparences, un être, une femme :


Le hijab possède une dimension profonde. Porter le hijab signifie « couvrir son corps pour révéler son être ». Appréhendé dans son être profond plutôt que dans la superficialité de ses apparences, la femme peut alors rayonner librement dans la société.


Dans sa dimension philosophico-sociale, le hijab offre à la femme qui le porte le droit de s’émanciper, le droit de ne pas être considérée comme un objet de jouissance sensuel. La femme s’affirme alors comme un être de profondeur, révèle sa richesse intérieure, son être et revendique son droit à la décence.



Il est essentiel de souligner qu’il n’existe pas qu’un seul modèle de femmes. Aujourd’hui, il existe des jeunes filles et des femmes qui ont d’autres références que les mannequins ou les chanteuses lolitas. Et il faut que le monde entende cela. Ce sont des femmes qui ne veulent pas répondre au dictat de la mode, ni à la dictature du culte du corps et qui résistent à un modèle dominant qui ne répond pas à leurs valeurs. Nous faisons partie de ces femmes.



Face à la réalité :


Lorsque l’on a compris les dimensions profondes du hijab de la femme musulmane, nous pouvons alors les confronter aux réalités actuelles.

A l’heure où la nudité de la femme, affichée en toutes occasions, réduit cette dernière à un simple objet exploité à des fins marchandes, paradoxalement l’émancipation de la femme est évoquée alors que celle-ci est restée un objet pour les hommes.

Ce sont bien les publicités sexistes, la pornographie ou encore les clips musicaux où des femmes ne sont réduites qu’à des corps commercialisés et donc consommables, qui sont à l’origine du sexisme ou du non respect de la femme et des jeunes filles en particulier. Des psychologues ont souligné ce fait. Ce n’est, certes pas, le voile le problème, comme certaines et certains ont pu le clamer sans aucun fondement, mais bien le déferlement d’images dégradant l’image de la femme. Nous affirmons qu’il est nécessaire de proposer une culture alternative proposant une vision respectueuse des femmes de ce monde.



La nudité de l’homme commence également à être utilisée à des fins commerciales, ce qui révèle que, promouvoir l’humain en général ( et non plus uniquement la femme) dans sa richesse d’âme plutôt que dans les contours de son corps, est une priorité aujourd’hui pour sauvegarder la dignité humaine.

Dans la maîtrise de leurs apparences, l’islam invite les êtres à se vivre dans leur humanité qui ne se réduit pas qu’à un corps, mais qui se révèle également par une intériorité, dans un objectif d’harmonie avec eux-mêmes et ce qui les entoure.


Y a-t-il une véritable émancipation de la femme aujourd’hui après trente années de féminisme alors que des jeunes filles subissent la dictature des apparences depuis l’acquisition de certaines poupées aux mensurations irréalistes lorsqu’elles étaient enfants jusqu’aux modèles féminins erronés des chanteuses lolitas ? Et les conséquences sont dramatiques lorsque l’on sait que des adolescentes deviennent anorexiques pour des raisons liées à ce culte du corps, après avoir entamé maints régimes sans aucun suivi médical (nous ne faisons pas allusion bien évidemment à toutes les formes d'anorexie mentale).


A l’heure également où le harcèlement sexuel des femmes au travail sévit et fait des ravages (perte de confiance en soi, dépression) et qui démontre que l’échec de la mixité ne réside pas uniquement chez les jeunes à l’école comme l’ont martelé les médias, il est essentiel de souligner que l’éthique de vie proposée par l’islam n’empêche pas la mixité des hommes et des femmes, mais qu’il permet la réussite de la mixité sur des bases relationnelles saines.


Face aux discriminations que peuvent subir les femmes sur leur physique lors d’une recherche d’emploi, le hijab permet un rapport d’égalité sur le plan physique. Ce sont les compétences qui priment sur l’aspect extérieur.

Ainsi face à ces maux actuels, le hijab propose une autre image de la femme et de la féminité qui peut être révélée au-delà de la simple apparence, l’image de la femme musulmane.




Conclusion


Lorsque le hijab a été appréhendé dans cette définition qui puise sa source dans la Révélation coranique et la Tradition prophétique, nous comprenons que le port du hijab hijab est un acte de foi, qui relève de le liberté de conscience devant être respectée et qu’il fait partie du culte de la femme musulmane qui réclame le droit qu’elle-même et ses filles puissent exercer librement et en tout lieu.



Le débat sur le foulard a été profitable aux uns et aux autres en ce qu’il a suscité des questions fondamentales. Tout d’abord au niveau de la communauté musulmane, cela a permis de susciter l’autocritique. Il s’agit d’avoir un regard critique sur nous-mêmes pour évoluer dans une meilleure compréhension de notre spiritualité et du contexte dans lequel nous vivons. Il est essentiel, par exemple, que les femmes musulmanes mènent une réflexion sur la manière de porter le hijab dans une société occidentale, l’islam n’ayant pas précisé une forme spécifique de vêtement, mais uniquement les normes. Nous devons être à l’écoute des interrogations, des peurs, voire des sentiments de rejet qu’éprouvent nos concitoyens face au port du voile. Etre à l’écoute ne signifie pas accepter les mécanismes de rejet de l’autre, mais adopter une position de réflexion, d’analyse et d’explication pour créer une véritable culture du dialogue.



Au niveau de la société en général, cela à contribuer à faire émerger des questions sociales fondamentales comme par exemple, la question de la crise des valeurs de nos sociétés modernes, la question de l’éthique des médias, quand nous nous souvenons comment a été traité la question de l’islam et du foulard en particulier, avec tous les préjugés et toutes les caricatures qui ont été étalés sur la scène publique ; et une question primordiale pour tous aujourd’hui, à savoir : dans quelle société voulons-nous vivre ? Est-ce une société qui part à la connaissance de l’autre dans sa diversité, dans les valeurs qu’il porte, avec une véritable écoute, un véritable dialogue instauré ? Ou bien, une société qui se bute sur la différence de l’autre sans réellement écouter ce qu’il a à dire, ce qu’il porte en lui ? C’est une question que nous devons tous nous poser, si nous voulons réellement avancer vers un monde meilleur.

 






 
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