Posté le 22 décembre 2006 (lectures 5,012)
LFFM: La personnalité de la femme musulmane en Europe

La personnalité de la femme musulmane en Europe face aux défis


Introduction :

Traiter du sujet de l’identité des musulmans d’Europe est un acte citoyen et un signe de pleine intégration de la composante musulmane dans l’espace européen pluraliste et multiconfessionnel : Les musulmans d’origine européenne ou issus de l’immigration sont aujourd’hui parti intégrante du tissu social européen, ils sont de plus en plus visibles et revendiquent au nom de leur citoyenneté la dimension islamique dans leur identité européenne, qui se trouve aujourd’hui au cœur du débat politique.

Notre sujet vise la composante féminine de la communauté musulmane, en particulier son identité ou personnalité qui se forme en Europe et qui ne se réalise qu’en relevant certains défis.

Puisque notre sujet traite de la personnalité, il faut dire qu’en général, et selon certains psychologues, la personnalité ou l’identité se définit en tant que l’ensemble des caractéristiques spécifiques à chacun dans sa manière de penser, de sentir et de se comporter dans les différents domaines de la vie. Ils affirment que :


1. Pour qu’une personnalité soit épanouie et équilibrée, toutes les dimensions qui la composent doivent être satisfaites : dimension physique, intellectuelle, spirituelle, sociale et émotionnelle.

2.
Pour avoir une personnalité équilibrée, l’être humain doit connaître le sens de sa vie, ce qui lui permettra de se connaître, d ’avoir l’estime de soi, de se procurer une paix intérieure qui l’ouvrira sur le monde.

3.
L’être humain qui agit dans plusieurs directions doit prendre soin de ne pas laisser une dimension dominer les autres. C’est le sens de l’équilibre et du juste milieu que Dieu nous rappelle à plusieurs reprises et à chaque occasion concernant tous les domaines de la vie, même Son Adoration. L’exemple le plus illustrant de ce principe dans la tradition musulmane est celle des trois compagnons qui se sont rencontrés chez le Messager : Pour être un bon pratiquant, cultiver la piété et s’adonner à Dieu, le premier a décidé ne jamais se marier, le deuxième de veiller en prière toutes les nuits, le troisième de jeûner tous les jours de l’année. En entendant ces propos, le Messager de l’islam s’est dirigé vers eux mécontent et leur rappela : «  Quant à moi, je me marie, je jeûne certains jours et je rompt le jeûne certains autres, je veille un moment de la nuit et je me repose, telle est ma tradition ! que celui qui s’en éloigne ne fait pas parti de moi !

4.
Les psychologues disent que la personnalité se construit dès le plus jeune âge (avant six ans pour certains) selon le modèle éducatif suivi par les parents. Mais la personne reste attentive et surtout à un âge plus avancé, à son environnement et à ses propres expériences sociales, en particulier lors de la période de l’adolescence. Les deux facteurs (éducatif et social) agissent donc sur la personnalité. La personnalité de la femme n’échappe pas à cette règle.


Il est donc important que la femme musulmane soit éduquée et instruite dans l’équilibre entre ces différentes dimensions, physiques, morales, spirituels et social pour qu’elle puisse vivre sa propre personnalité humaine tout en jouant naturellement son rôle multidimensionnel.

Et c’est là un des défis éducatifs auquel la femme ou plutôt les familles musulmanes doivent faire face.
Ainsi la grande question qui se pose aujourd’hui, concernant la femme musulmane, est comment peut-elle confirmer sa personnalité et s’épanouir, loin des incompréhensions, des dénigrements et de la stigmatisation.



Voilà donc la trame de la conférence qui se dessine :

1. la personnalité de la femme musulmane

2. Les défis éducatifs et sociaux

3. Les conséquences.


1. les caractéristiques de cette personnalité musulmane

Bien que les personnalités soient différentes et uniques et ne peuvent se ressembler à tous les points de vu, il peut exister néanmoins des points communs relatifs à tout être humain (les instincts par exemple) et concernant la personnalité musulmane, elle doit être de ce fait  imprégnée des préceptes islamiques communs à tous les musulmans.

Les principales caractéristiques ou traits de cette personnalité sont :


a) Epanouissement dans la foi :


La dimension spirituelle est le pilier central de sa personnalité musulmane, car l’épanouissement dans sa foi, la certitude dans ses convictions de l’Unicité de Dieu, lui procure un sentiment de tranquillité et d’apaisement : Créée par Dieu, pour assumer un rôle positif dans la vie et elle reviendra à Lui. Ce sentiment et cet état d’esprit lui permettent une tranquillité constante aussi bien dans le bonheur comme dans l’adversité ( Quelle est merveilleuse l’image du croyant – et elle est le propre du croyant : s’il est touché par une grâce, il remercie Dieu et s’il est touché par un malheur, il patiente) car il sait que cette vie est éphémère et que ce qui compte c’est enfin de compte la récompense du très Haut, ce qui l’aide à traverser les difficultés en paix. Bien entendu, cette conviction et cette certitude se travaille (Sache qu’il n’y a que Dieu…). Le savoir est un devoir pour tout musulman et la femme musulmane ne peut s’en passer, le savoir religieux (dans tous les domaines : du fiqh nécessaire à la pratique, de l’histoire, des principes et des valeurs universelles de l’islam, des règles de bienséance et de pudeur, qui ne doit pas l’empêcher de s’exprimer…). La femme musulmane doit aussi être épanouie dans sa dimension intellectuelle, et exceller dans sa recherche de la science en général.


b) Epanouissement dans la féminité

La femme musulmane assume sa féminité et en est fière, car elle sait que la vie ne peut se faire sans elle, le monde ne peut avancer sans cette féminité, nécessaire et complémentaire à la masculinité de l’homme.

Dieu a décrété : « Nous avons crée de toute chose deux éléments de couple peut-être vous rappelez-vous » S51, V94 (ciel et terre, chaud et froid, soleil et lune, jour et nuit, ainsi que les animaux, les plantes et même l’atome).

Dieu dit : «  O humains, Craignez Votre Seigneur qui vous a crée d’un seul être … » S 4, V1

S’il est vrai que Dieu a crée l’homme et la femme d’un seul être avec beaucoup d’éléments de similitude,  et à ce titre ils sont égaux à tous leurs niveaux de leur humanité, leur dignité, égaux dans ce bas monde et dans l’Au-delà, mais Il les a crées aussi avec des éléments de diversité : «  O ! Humains, Nous vous avons crées d’un homme et d’une femme. Nous vous avons constitués en peuples et en tribus, afin que vous vous entre connaissiez entre vous. Les meilleurs d’entre vous au regard de Dieu sont les plus pieux ( ceux qui vivent dans le souvenir constant de la présence divine, fidèle à son message dont la relation fraternelle, juste et égalitaire de la femme et de l’homme  » S49, V13.

Ces différences naturelles qui existent entre eux, exprime une diversité enrichissante et ne doivent diminuer en rien la valeur de l’un ou l’autre. Parmi les conséquences de cette diversité naturelle partielle est le fait de favoriser l’attirance entre les deux sexes et fonder ainsi le lien conjugal dans le cadre du mariage - l
e seul cadre où la femme musulmane ainsi que l’homme peuvent donner libre court à leur capacité de séduction) et c’est d’ailleurs pour réglementer cette attirance qu’ils sont appelés, homme et femme, à observer certaines règles de pudeur en société.


c)
Epanouissement dans la vie familiale

L’islam donne beaucoup d’importance à la cellule familiale car elle est la base de la société : Beaucoup de versets coraniques et de hadiths prophétiques exhortent les parents à prendre soin de leur progéniture, d’autres ordonnent à la descendance de bien se comporter avec ses parents (un merveilleux hadith déclare que le paradis est sous les pas des mères en métaphore, synonyme du respect et de la bienséance que le musulman doit à sa mère). Beaucoup de littérature et poètes arabes ont venté les mérites de la mère et l’ont considéré formatrice d’avenir :

-
La mère est une école, si elle est bien formée (dans sa foi, dans sa morale, dans sa science…)
-
Elle formera un peuple de bonnes racines (et quel grand avantage social !)

Bien que cette tâche d’éducatrice des générations soit aussi bien valorisée et que la tradition musulmane, lui donne beaucoup d’importance dans ce rôle, la responsabilité du père et son rôle dans cette tâche n’est pas négligé : Un homme demanda un jour au Messager, ce qu’il pouvait laisser de mieux pour ses enfants, il lui, répondit : «  une bonne éducation ».

Donc l’homme et la femme doivent participer dans cette œuvre dans l’entente, la complémentarité et la bonne humeur.

Pour garantir cette chaleur humaine et cette entente entre les membres de la famille, le couple doit être harmonieux et l’homme et la femme sont appelés, avec l’aide de Dieu, à réussir leur relation conjugale qui doit être basée sur l’amour et l’affection : « Parmi ses signes, Il a crée pour vous, de vous mêmes, des épouses pour que vous trouviez auprès d’elles le calme et le gîte. Il a établi entre vous de l’affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour ceux qui réfléchissent »S30, V21.

Je pense, qu’aussi bien les conjoints que les savants qui s’intéressent aux questions du Droit de la famille , doivent donner beaucoup plus d’importance aux valeurs et aux fondements d’affection et de bonté, qu’aux dispositions préconisées par les juristes musulmans (droits et devoirs) en cas de problèmes et de difficultés à tel point que ces dispositions deviennent un but en soi. Il ne faut pas que l’arbre cache la forêt et que les mesures purement organisationnelles (la direction de la famille par exemple) puissent cacher l’objectif fondamental de la vie familiale. Ibn Abbas dit : Je me fais beau pour ma femme comme elle se fait belle pour moi, toutefois, je n’exige pas d’elle tous les devoirs que j’ai sur elle, car je ne peux lui donner tous les droits qu’elle a sur moi ».

L’établissement de la famille en islam a donc besoin de la part des conjoints de plus de compréhension, de souplesse, du savoir vivre et d’ouverture d’esprit pour qu’il puisse être compris, accepté et apprécié.


d) Epanouissement dans la vie sociale
 

Forte dans sa foi, épanouie dans sa famille, la femme musulmane est comme tout être humain sociable, elle a besoin d’exister et d’avoir sa place dans sa société. Elle a besoin d’avoir des relations de voisinage, d’amitié, de participation citoyenne dans son quartier, dans sa ville, de participation à des débats de société et qui apporte sa part de contribution dans les solutions aux différents problèmes sociaux, d’être productive et d’apporter son savoir à la société…

La personnalité musulmane est de nature ouverte aux autres, qui ne peut rester insensible aux souffrances, elle porte donc assistance et aide aux nécessiteux, espérant la récompense divine.

Il faut rappeler que l’Islam lui assure tous ces droits sociaux sans exception (étudier, travailler, s’investir dans le social et la politique)

Cette implication sociale peut s’inspirer du verset qui montre que la femme, aux cotés de l’homme doit œuvrer à la réforme de la société à tous les niveaux :
«  les croyants et les croyantes sont des alliés les uns pour les autres, ils recommandent le bien et déconseillent le mal » S9, V7

Cette personnalité rayonnante de la femme musulmane a jalonné l’histoire de la civilisation musulmane : Le premier des croyants à avoir accepté le message de l’islam fut Khadija, ensuite la femme s’est engagée très tôt, alors que les mentalités sortaient à peine de l’hostilité envers les femme, dans le monde politique, économique, scientifique, médical, littéraire, ou dans le domaine de la transmission des hadiths et des sciences religieuses ( bp de savants ont attesté l’infaillibilité des femmes quant à la narration des hadiths – adh-dahabi dans son livre mizan al’itidal) , Fatima al-fihriya, dont peu ont entendu parler d’elle, a fondé la première université en terre d’islam : Al-qarawiyyin à Fès au milieu du 9
ème siècle. Ou encore Al-khanzidara qui fut la fondatrice d’Al-Azhar, l’université de renommé internationale dont sont issues d’innombrables générations de savants musulmans.

Personne ne sait comment ni quand cette brillante contribution féminine musulmane a sombré dans l’oubli, ni pourquoi cette contribution féminine s’est soudainement arrêtée, mais ce qui est certain, c’est que la régression de la civilisation musulmane pendant les derniers siècles est fortement lié entre autres, à l’ignorance et à la déformation de la véritable personnalité de la femme et à son désengagement et son inertie au niveau familial et social.


2. Les défis éducatifs


a) Les défis internes


- Ce qui déforme et risque d’altérer la personnalité musulmane de la femme, c’est la conception erronée de son statut. Au niveau interne, beaucoup d’ignorance et d’incompréhension du véritable du statut de la femme, risquent de déformer sa personnalité. En effet, il y a des familles qui éduquent leurs filles sur la base des coutumes et des traditions qui ne sont pas compatibles avec l’islam et qui permettent d’occulter les droits de la femme, et même de commettre des exactions à son encontre (tels que, son infériorisation, le mariage forcé, la violence conjugale, …)

- Ce qui déforme aussi la personnalité de la femme, c’est le fait de restreindre la vie de la femme aux seuls contours de l’espace domestique. En effet, dans l’esprit de certains musulmans, le rôle de la femme se restreint au seul cadre familial : bonne épouse et bonne mère comme si, avec toute la considération que j’ai pour ces deux rôles, la femme ne peut exister et se réaliser qu’à travers ces deux dimensions. Et si jamais la femme n’est ni mère ni épouse !

- Ce qui déforme et risque d’altérer la personnalité musulmane de la femme, c’est aussi un certain laxisme qui veut vider la personnalité musulmane de la femme de tout son sens et  de toute sa spiritualité, et qui au non de l’intégration ou du féminisme, ou sous pression de la mondialisation culturelle, la femme musulmane devrait suivre le modèle de la femme « libérée » de toute précepte religieux ou moral, qui est en perpétuelle course contre l’homme, à courir derrière une certaine idée d’« égalité » contre nature, qui effacerait toute spécificité et sur l’autel de laquelle elle ne cesse de sacrifier son droit à la féminité et à la maternité.


b) les défis externes 

Le défi social

Dans son aspect général, la société européenne, pour des raisons historiques et philosophiques, est une société basée sur la laïcité, où le rôle du religieux est très marginalisé, où le fait religieux doit rester essentiellement dans dans le domaine du privé, de peur qu’il puisse avoir une quelconque influence dans les choix des citoyens et dans leurs orientations.

L’attitude de la société vis-à-vis de l’islam est encore plus forte quant au refus de son expression publique. Depuis le 11 septembre 2001 la communauté musulmane en Europe subit une montée des idées racistes envers les musulmans et à des propos islamophobes et à des attaques ouvertes de plus en plus fréquentes contre l’islam (caricatures, propos du pape, stigmatisation…).

La femme musulmane portant le foulard et exprimant ainsi une pratique religieuse visible, constate tous les jours cette hostilité, cette gêne et ce refus dans les regards, dans la discrimination à l’embauche, et comme dans certains pays dans la privation de son droit à l’enseignement et à la vie sociale (travail). Cette attitude ne se limite pas à restreindre le champ d’application des prescriptions islamiques pour les pratiquants, mais encourage aussi les jeunes à se défaire de leurs obligations religieuses en général et affaiblit le rôle éducatif de la famille dans ce sens.


La famille en général se trouve, dans notre société européenne d’aujourd’hui dans une situation très fragilisée, puisque le mariage est marginalisé, au profit d’autres formes d’union. Les problèmes familiaux qui font la une des médias, violence conjugale, augmentation du divorce, abondons d’enfants et délaissement des parents âgés, fracture entre les générations …).On peut craindre, si les musulmans ne réagissent pas et n’assument pas leur responsabilité éducative et sociale, qu’ils subissent les mêmes déroutes ou pire encore.


Le défi politico médiatique

Les médias ont un rôle important dans l’orientation de l’opinion publique. Ils contribuent largement à façonner les esprits de manière à adopter les valeurs et les convictions qu’ils répandent et véhiculent à longueur de journée. Le pouvoir des médias atteint même la plus haute sphère de l’Etat qui se trouve parfois obligée de suivre la tendance générale, pour ne pas se trouver en décalage par rapport à l’opinion publique.
Il est à signaler que la tragédie des événements du 11 septembre 2001 aura conforté l’idée et l’image d’un islam belliqueux dans la représentation collective occidentale. Le discours médiatique sur la lutte contre le terrorisme international a crée une ambiance de peur et de crainte de l’islam et des musulmans qui représentent désormais une menace pour la stabilité et la paix à l’intérieur même de l’Europe.

L’affaire du foulard en France, a été le symbole de cet acharnement médiatique et le meilleur moyen de stigmatiser l’islam à travers le sort qu’il réserve à la femme musulmane. Il ne passait pas un jour durant 2003 et jusqu’au 15 mars 2004 sans que les médias ne publient un article sur les pauvres femmes musulmanes opprimées dans les pays musulmans, ou un reportage sur le mariage forcé des jeunes filles dans les banlieues françaises, ou des témoignages de jeunes filles violentées par leurs frères, accusant par déduction simpliste l’islam car tout ce qui se passe dans le monde islamique sera expliqué en fonction du religieux. Par exemple, quand en Espagne une femme meurt chaque semaine à la suite de violence conjugale, l’explication réside dans le taux élevé du chômage féminin qui favoriserait les abus domestiques ! (Explication donnée par le sérieux parti socialiste espagnol), par contre la même constatation de violence conjugale dans un pays islamique, ou dans une banlieue à majorité musulmane, aurait eu pour fondements les exactions fondées de la religion musulmane.


Cette affaire du foulard a pris tellement d’ampleur, que des analystes tel que Pierre Tévanian, dans son livre – le voile médiatique-, affirme et démontre avec des statistiques à l’appui, comment cette affaire du foulard a été fabriquée selon lui de toute pièce par les médias français, qu’elle était inventée par les journalistes et les politiques et qui a pris peu à peu des proportions gigantesques, conduisant au vote d’une loi répressive et à la déscolarisation de centaines d’adolescentes.


Historique et bilan en détail dans le rapport du comité, en anglais et en français sur le site web : www.15mars.net
La portée de la loi du 15 mars 2004 en France
- Bien entendu cet acharnement médiatique a visé l’image et la personnalité de la femme musulmane, qui serait soumise et opprimée dans l’islam, forcée dans le choix de son conjoint, obligée de se voiler par l’homme. Rares sont celles à qui certains médias ont permis de s’exprimer et témoigner de leur libre choix de porter ce foulard ont été jugées et taxées d’aliénées ou encore d’intégristes ou faisant le nid des d’islamistes…

Au niveau européen, et malgré cette situation décrite en France, il faut dire que la femme musulmane dans la majorité des pays européens, même si elle est parfois victime de préjugés ou de racisme, elle n’est pas officiellement inquiétée dans sa pratique religieuse et elle jouit de tous ses droits citoyens. Elle peut, si elle le veut, être active dans l’espace social, et défendre entre autres la véritable image de la femme musulmane.


3. Les conséquences


Face à cette ambiance islamophobe, La réaction de la femme musulmane, tout comme celle des musulmans en général est diverse :

a) Le repli communautaire

de la part de certaines, déçues du traitement médiatique et politique réservé à la femme musulmane, qui se réfugient dans une tendance communautariste, certaines adoptent le courant rigoriste qui prône la rupture avec la société et ne croit pas au dialogue.

b) L’assimilation

Certaines musulmanes ont fait le choix de se fondre dans la société et de se conformer au modèle et au mode de vie régnant quitte à négliger les prescriptions islamiques. Il faut dire que cette catégorie de femmes démontre leur sentiment religieux et leur attachement à l’islam à l’occasion par exemple du mois de Ramadan ou dans des circonstances particulières.

c) La responsabilité citoyenne
 
Certaines, fortes dans leur personnalité, éprises de justice et du sens de la responsabilité, ont choisi de relever un double défi : d’une part au sein de leur propre communauté pour faire valoir leur droit en tant que femme de foi, libre dans ses choix, et en second lieu dans la société où chaque jour elles doivent se battre contre l’exclusion, la stigmatisation et les préjugés. Ce sont des femmes qui veulent défendre leur intégrité et qui aspirent à vivre pleinement leur citoyenneté en harmonie avec leur spiritualité. Profondément engagées aussi au non de leur exigence spirituelle qui les exhorte à patienter pour faire valoir la vérité et la justice, croyant fortement au proverbe qui dit : (Ce qui ne tue pas te rend plus fort). En effet, ces femmes croient que la condition de la femme en islam n’est pas comprise et puisque les gens ont peur de ce qu’ils ne comprennent pas, et craignent ce qu’ils ne connaissent pas, elles ont le devoir d’explication et d’apaisement du débat. Pour se faire, elles s’organisent en associations avec d’autres femmes musulmanes pour réfléchir et trouver ensemble les moyens d’y arriver.



Conclusion  et note d’espoir : Création du Forum Européen des Femmes Musulmanes le 6 mars 2006 à Bruxelles : une première où 16 associations de 14 pays différents (Belgique, France, Allemagne, GB, Italie, Espagne, Suisse, Irlande Danmark, Grèce, Suède, Bosnie, Ukraine, Roumanie). C‘est une réelle plate forme, certes crée par des femmes musulmanes mais dans l’objectif principal est de favoriser l’échange et le dialogue avec les hommes et les femmes de tous horizons, à faire connaître la femme musulmane, à déconstruire les préjugées et ainsi se faire reconnaître en tant que citoyenne à part entière.

Le Forum Européen des Femmes Musulmanes se veut aussi un tremplin pour toutes les femmes musulmanes dans les différents pays européens, afin qu’elles puissent s’investir socialement, créer des ponts de dialogue, participer dans la vie de leur cité, afin qu’elles expriment pleinement leur citoyenneté. Nous avons pu, lors du congrès constituant le Forum, réunir des femmes musulmanes engagées dans les différents domaines de la vie sociales (éducatrice, syndicaliste, médecin, politique, militante dans l’interreligieux, militante dans l’intégration, représentante de la communauté musulmane, femme d’affaires, active dans le conseil des parents d’élèves, active dans les associations de quartier..).
C’est en s’impliquant dans la vie sociale, en étant active et productive, en étant fidèle à son image que la femme peut redonner vie à sa personnalité musulmane.