Posté le 08 mars 2015 (lectures 1,276)
LFFM: Femmes voilées, nous sommes les indésirables de la société

Article du 6 Mars 2015 par Amal Paluskiewicz Femmes voilées, nous sommes les indésirables de la société


Il faut prolonger la laïcité par souci de « cohérence » selon Manuel Valls jusqu’à l’appliquer dans l’enseignement supérieur. L’accès au savoir sera alors interdit à celle qui se pointera avec un foulard sur la tête devant son amphi…

Nathalie Kosciusco Morizet, celle qui porte le nom le plus compliqué de France, que mes profs de sciences politiques n’arrivent même pas à prononcer, pense que nous, femmes voilées, exerçons « une forme de  pression » sur nos camarades en leurs faisant «remarquer que ce serait mieux pour elles autrement». On les incite donc à porter le foulard, serait-on prosélyte sans le savoir ? 



Les questions autour du foulard me font rappeler la loi du 15 mars 2004 qui a interdit le port de tout signe religieux à l’école au nom de la laïcité. Cette loi a été pensée pour nous parait-il : au cas où papa m’obligeait  à me voiler ou si  une pression communautaire m’avait conduit à porter le foulard, l’école sera alors l’espace où je pourrais me libérer de cette contrainte. 

Une bienveillance soudaine à mon égard  qui me laissa perplexe et sceptique quant à la véritable intention de l’instigation  de cette loi destructrice et meurtrière. Non, ces attributs ne sont pas exagérés. Car il y a bien une différence entre le texte théorique qu’est la loi et l’usage de celle-ci. 

Il y a depuis plus de 10 ans des hommes et des femmes, des professeurs et des proviseurs, des CPE et des assistants scolaires  qui ont trouvé en cette loi l’occasion de maquiller leur islamophobie par des valeurs comme la laïcité ou l’égalité. 

Je me souviens encore des mots blessants et du regard violent qu’on a porté sur moi lorsque je portais mon bandana en allant au collège. J’ai été mise en isolement pour n’influencer quiconque, la surveillante m’apportait un verre d’eau chaque heure, une caresse en guise de réconfort et cette phrase que j’ai entendue sans cesse : « t’as bien réfléchi ? Soit tu veux bien le retirer soit tu seras exclue avec conseil de discipline ». 

Ce qui m’a marqué dans cette loi, ça n'est pas la loi en elle-même, car en définitive, je n’étais pas concernée. Je portais un bandana et non un signe ostensible (foulard couvrant toute la tête et noué au cou) mais c’est qu’on en vienne à changer le règlement intérieur de l’école pour que je puisse être exclue si je ne me présentais pas tête nue. Le débat, ils n’en voulaient pas. Les efforts pour trouver un compromis, ils n’en faisaient aucun. Même un simple bandeau de 3 centimètres de large était à leurs yeux un « foulard islamique »  et un signe ostentatoire.

J’ai fait le choix de l’école en me réconfortant à l’idée que le premier verset révélé du coran était « Lis » mais ce fut un choix des plus injustes que j’ai connu : renoncer à sa conscience ou au moteur de celle-ci.

Aujourd’hui, la secrétaire d’Etat chargée des droits des femmes, Pascale Boistard, pense qu’il est temps que le gouvernement interdise le voile à l’université.  Parce que la République est laïque, elle doit l’être dans tous les espaces publics, hier c’était l’école aujourd’hui c’est la fac demain, ce sera la rue.

Le lieu de tous les savoirs, « l’université pour tous » devient alors la « laïcité pour tous » ou plutôt le «laïcisme pour tous ». Quel gâchis et quelle honte de voir la ministre des droits des femmes, garante de l’égalité hommes femmes et qui le 9 mars prochain portera la voix de la France à L’ONU pour défendre les libertés et l’émancipation des femmes, plaider contre le foulard à l’université.


Madame la Ministre, en interdisant le voile à l’université, vous privez des milliers de femmes d’étudier. En d’autres termes, vous les privez de s’émanciper.

Madame la Ministre, en encouragent  une loi qui discrimine encore et toujours les mêmes, vous encouragez les pratiques racistes  à leurs égard.

Madame la Ministre, en imposant à ces femmes un modèle unique d’émancipation, vous les privez de la leur.

Madame la ministre, Le 8 mars prochain, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, vous serez à l’Elysée avec le Président de la République et vous avez convié 100 femmes de tout le pays.


                                Serai-je parmi elles ?

 

                              

                                                                                          Amal Paluskiewicz

Le 6 Mars 2015