Posté le 13 février 2013 (lectures 1,113)
LFFM: Colloque autour de la perception de l’Islam.

Article du 5 Février 2013 : La Ligue Française de la Femme musulmane a participé au colloque organisé par l’UOIF ce samedi 2 Février autour du thème de la perception de l’Islam

 

Plusieurs tables rondes ont eu lieu au cours de la journée avec les interventions très riches d’intellectuels, de journalistes ou de responsables associatifs pour enfin clôturer l’évènement avec tout le panel des représentants de l’Islam de France dans toute sa diversité.

L’intervention de la sociologue Fatiha Ajbli nous a particulièrement intéressée car elle s’est attachée à nous démontrer comment la perception de l’islam s’est focalisée sur la Femme et le voile en particulier dans les représentations et dans l’imaginaire occidental.

Le voile à proprement parler est objet de fantasmes dans le fantasme qu’est l’Islam lui-même…



Tout d’abord, le terme « perception » est important à définir, il s’agit bien de représentations, d’images mentales chargées d’affects que chacun porte sur la réalité des choses. C’est une réalité collectivement partagée. C’est une reconstruction à partir de perceptions symboliques, elle forge le sens commun et des connaissances implicites vis-à-vis desquelles nous avons peu de recul.

Du projet colonial de « dévoilement » à la mise en place de lois d’exception, nous allons voir comment ce voile définit l’oppression du genre.

« L’alibi Féministe »

Les racines coloniales s’inscrivent dans un contexte économique et politique particulier, dans lequel est imposée une vision culturelle avec ses propres normes, dans lequel l’indigène est infériorisé et  dans lequel s’instaurent des violences représentationnelles. Rappelons-nous de la Cérémonie du « dévoilement » du 13 Mai 1958 à Alger qui est inhérent au projet colonial comme le démontre Frantz Fanon. Le Foulard est objet de frustration, ce « dévoilement » permet de légitimer une conception culturaliste, une nouvelle façon d’être Femme avec  en substance l’argument principal de la libération de la Femme.

Et dans le contexte national, depuis la 1ère affaire du voile en 1989, en passant par la circulaire Bayrou en 1994, l’instauration d’une nouvelle loi en 2004 va recentrer la problématique du voile autour de sujets divers comme le sexisme dans les banlieues avec l’apparition de l’association NPNS, les tournantes, les mariages forcés… sans que cela est un rapport avec le cadre de la laïcité.

 Une fois de plus, l’imaginaire se constitue à travers des fantasmes que l’on impute à l’Islam et qui seraient inhérents à cette religion. Ainsi, s’intensifie la volonté d’émanciper la Femme et de la libérer de ce carcan qu’est le fourlard.

 

« De l’hyper-visibilisation à l’invisibilisation du voile »

 

Il est important de voir comment le processus d’hyper-visibilité s’est transformé en invisibilité totale tout en déshumanisant la femme.

Cette double opération s’effectue de façon paradoxale et simultanément, au moment où l’on projette tous les feux sur le voile, on fait disparaître de façon incroyable la femme en tant que telle, comme sujet portant ce voile… En même temps que le voile concentre toutes les frustrations,  celles qui le portent sont effacées de la scène médiatico-politique et n’ont pas le droit à la parole… (2 personnes portant le voile sont auditionnées le dernier jour dans le cadre de la commission Stasi  sur 120 auditions au total, c’est dire l’aberration…).


« Les effets pervers »


Les effets pervers sur cette perception montrent comment l’accessoire intrinsèquement islamique renvoie systématiquement à l’étrangère culturelle. Il y a rejet car ce voile n’est pas la France, il est lié automatiquement aux origines étrangères et de ce fait n’est pas accepté culturellement.

Ceci implique les grandes difficultés à s’insérer dans la vie professionnelle, comme on le déplore les femmes portant le voile ne se retrouvent pas ou très peu sur le marché de l’emploi.

En guise de conclusion, nous pouvons aussi rappeler que cet imaginaire collectif masque également les formes ordinaires du sexisme.

                                                                                                          

 Ligue Française de la Femme Musulmane

 Le 5 Février 2013