Posté le 29 octobre 2010 & (lectures 1,645)
LFFM: Prison avec sursis requise pour l'agression d'une touriste des Emirats Arabes- U
C'est dans Les colonnes du journal Le Monde du 14 octobre courant que nous apprenons qu'une peine de deux mois de prison avec sursis et une amende de 750 euros ont été requises, contre une enseignante retraitée, poursuivie pour avoir agressé une touriste des Emirats Arabes Unis dont le seul tort aura été de porter le voile intégral. La prévenue qui ne s'est pas présentée à l'audience, a spontanément expliqué aux enquêteurs qu'elle se battait pour le droit des femmes. « Des arguments qui ne sauraient justifier des faits particulièrement violents », a pour sa part estimé la procureure : « Vivre ensemble, ça suppose l'acceptation, tout simplement, de l'autre, de la façon dont il est vêtu ».


Assez étrangement, l’'article du journal Le Monde se conclut par une hypothèse, voire une supposition : l’argumentation de la procureure pourrait être en contradiction avec la loi interdisant le port du voile intégral dans l'espace public. Cette manière de relater une insinuation, en la présentant opportunément en fin de texte nous étonne au plus haut point. Quelle que soit l’idée que l’on peut se faire de sa pertinence, sa conclusion s’est limitée à cette seule interrogation en omettant de relever la portée ou la violence assumée de l’agression. Plus qu’assumée, à vrai dire, cette violence est revendiquée. Par cette loi de stigmatisation servant d’exutoire à des peurs sciemment entretenues, et dans la logique duquel s’inscrit la complaisance de l’article en cause, une question demeure. Elle doit être posée : Comment ne pourrait-elle pas l’être ? Nous sommes en effet en droit de nous interroger quant à l'avenir du vivre ensemble en France. Ainsi ce journaliste considère a priori que l'argument : « Vivre ensemble, ça suppose l'acceptation, tout simplement, de l'autre, de la façon dont il est vêtu » pourrait être contradictoire avec la loi.

Nous savons bien que cette acceptation est loin d’être acquise et moins encore par une loi d’exception, qui comme on le sait, a été promulguée à la suite d’une campagne politico-médiatique stigmatisant une pratique religieuse bien définie. Or c’est précisément cette campagne qui ne peut inspirer que le rejet, la méfiance et inciter à la haine et à la révolte des uns contre les autres.

Loin des suppositions rendues par la mode des temps, il est en revanche évident que la loi interdisant le port du voile intégral renforcera inévitablement les extrémismes de tous bords. Ce mouvement est d’ailleurs d’ores et déjà à l’œuvre marqué qu’il est par, d’un côté , la montée de l’islamophobie ainsi qu’en témoignent tristement cette affaire et la recrudescence des attentats contre les mosquées en France ces derniers mois, et de l’autre, par le renforcement unanimement constaté des tendances de repli communautaire.

Et alors même que cette question du voile intégral inviterait prioritairement à un débat interne à la communauté musulmane, pour que soit discutés des fondements canoniques de cette pratique, de sa représentation sociale et de ses effets, cette agression jugée aujourd’hui, et relatée de manière si légère, devrait en revanche tous nous interpeller sur les réalités de notre vivre-ensemble.

En effet, au travers de cette agression assumée, nous sommes aujourd’hui en mesure de voir la gravité des dérives générées par une loi née d’une campagne politico-médiatique totalement artificielle qui, et l’histoire en sera témoin, aura troqué les valeurs fondatrices de notre pacte social contre des jugements de valeur dont l’hostilité déclarée à l’égard du voile intégral, auront décuplé l’acharnement et la mise à l’index de toutes les populations musulmanes.

 
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