Posté le 10 mars 2010 (lectures 2,439)
LFFM: 23/02/2010 Arrêt de La Cour Européenne des Droits de l'Homme
Le 23/02/2010 est émis un communiqué de greffier émanant de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH), conçernant la condamnation, qualifiée d'injustifiée par la CEDH, des membres d'un groupe religieux en Turquie, pour le port de leur tenue caractéristique dans les lieux publics.
En effet, Le fait de condamner les requérants pour avoir porté ces vêtements tombe sous l’empire de l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme (droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion)  qui protège, entre autres, la liberté de manifester des convictions religieuses.
Les tenues religieuses dans l’espace public ne peuvent être interdites que si elles s’accompagnent d’un prosélytisme abusif, entendu comme des pressions effectives sur les passants. Après cet arrêt de la CEDH (Ahmet Arslan et autres c. Turquie, Requête no 41135/98), le projet de loi anti-burqa ne pèserait plus lourd.


Cette information amène à réfléchir au sens réel de la laicité, malmené à travers les débats récurrents sur le voile ou la burqa. Dans un état laic, "l'État respecte toutes les croyances de manière égale, il ne devrait en reconnaître aucune. Selon ce principe, la croyance religieuse relève de l’intimité de l’individu. De ce fait, l’État n’intervient pas dans la religion du citoyen, pas plus que la religion n’intervient dans le fonctionnement de l’État. La laïcité à la française pose comme fondement la neutralité religieuse de l’État. L’État n’intervient pas dans le fonctionnement de la religion, sauf si la religion est persécutée (article 1 de la loi de 1905 : "l’État garantit l’exercice des cultes.")." (1)

Ainsi, la laicité assure le respect de l'application de la religion ou de la non-religion d'autrui. Est ce qu'un jour, à titre d'exemple, des femmes voilées pourraient porter plainte pour violation de l'article 9 quand on leur interdit de travailler en couvrant leurs cheveux ? Devoir choisir entre son travail et sa conscience religieuse est en effet une réalité pour de nombreuses femmes françaises, et  cette discrimination dans le travail peut s'assimiler à une atteinte à la laicité. N'ayons pas peur de le dire ! Ces femmes françaises ont aussi le droit de revendiquer le respect de la laicité.

Se pose l'autre question de ce débat : le prosélytisme. L'interet de la laicité étant de respecter les convictions d'autrui, l'interdiction du port de signes dits "religieux" dans les lieux publics au nom de la laicité, s'expliquerait par la lutte contre le prosélytisme religieux. Or, il se trouve que le port du voile n'est pas une forme de prosélytisme, mais qu'il est un vêtement pour les femmes qui le portent. Il n'est aucunement destiné à un but de militantisme visuel ou de communautarisme.

Il est nécessaire que les citoyennes et citoyens français de convictions religieuses différentes s'ouvrent enfin au dialogue et apprennent à se comprendre dans leur diversité. 

C'est d'ailleurs une des volontées de la LFFM d'ouvrir ce dialogue pour une meilleure compréhension des musulmanes françaises dans notre société.

LFFM, 9 Mars 2010