Posté le 12 décembre 2008 (lectures 1,565)
LFFM: Lettre ouverte ou pourquoi cette nouvelle loi serait une abération
En tant que femmes françaises de confession musulmane, il est de notre devoir et de notre droit de citoyennes françaises de réagir quand des lois proposées nous concernent de près.

Il y a quatre ans de cela, l’assemblée nationale votait la loi du 15 mars 2004 qui interdisait le port de signe manifestant l’appartenance religieuse, politique ou philosophique dans les services publics. Cette loi s’applique tout particulièrement aux filles et aux femmes qui souhaitent couvrir leurs cheveux, dont l’interdiction a porté sur une caractéristique qui revêt une valeur a part entière dans leur vie. En effet,  elle est tout autre qu’un signe visant à manifester leur appartenance religieuse, ou un simple bijou, c’est un vêtement qu’elles ont envie et besoin de porter, au même titre que certaines personnes ne désirent pas dévoiler leur nombril ou leur décolleté.


Le leur interdire a été ressenti comme une injustice et une atteinte à leurs convictions. Jusqu’à maintenant, cette loi est décriée et n’est pas comprise par les femmes qui la subissent sans avoir été consultées.

En effet, sous couvert de défendre la laïcité, cette loi a restreint le droit à l’éducation de nombreuses jeunes filles. Elle a également eu des conséquences désastreuses à d’autres niveaux : des mères interdites d’accompagner les sorties scolaires, des refus de mariage dans les mairies, des renvois de banques et de bureaux de postes, des licenciements à des postes d'échelons variés ou une discrimination "légale" à l'accès à l'emploi. Désormais, pour réussir dans la société française, il ne faut plus seulement être un homme, être blanc et être d'origine française, il vaut mieux aussi ne pas être confession musulmane ! Du moins, ce sont les statistiques qui parlent, à défaut de nos concitoyens qui se contentent d'être de plus en plus hostiles politiquement à ce qui a trait à l'étranger.

Et par là même, cette légifération d’une discrimination a été la porte ouverte à l’expression et à la manifestation de dérives et comportements violents vis-à-vis des femmes qui couvrent leurs cheveux. C’est donc au rang d’étrangères que nous sommes cantonnées par nos concitoyens. Nous sommes pourtant françaises, et possédons diplômes et expériences professionnelles. Devrions-nous devenir des hors-la-loi et être maintenant exclues de la société pour satisfaire les gens ne souhaitant cohabiter qu’avec des personnes habillées d’une certaine façon ?  Est-ce que Madame la députée Françoise Hostalier estime que notre présence dans la société française ternisse vraiment le « paysage français » ? Quand elle écrit que dans certains quartiers, elle ne se sent plus "chez elle", imagine-t-elle ce que nous ressentons, nous ?

En effet, Madame Hostalier vient de déposer à l’Assemblée nationale une proposition de loi, « visant à interdire le port de signes ou de vêtements manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, politique ou philosophique à toute personne investie de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public ou y participant concuremment »

En un mot, cela signifie l’exclusion, à la fois du monde du travail et de tous les services publics.

Un autre sujet d'inquiétude de sa part concerne les dites « atteintes manifestes au pacte laïc notamment à l'initiative de parents d'élèves accompagnant les enfants au cours de sorties scolaires ». Pourtant, en mai dernier la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (**voir délibération du 14 mai) a donné raison à des mères d'élèves qui s'étaient vues refuser la possibilité de participer aux activités pédagogiques parce qu'elles se couvraient les cheveux.  Madame la députée estime que « l'État doit non seulement être le garant d'une stricte neutralité mais doit également veiller à ce que, dans le champ de ses activités de service public, cette neutralité soit respectée ». La neutralité est en effet nécessaire pour le respect des différences et des unions, mais ce discours ne se veut pas conciliateur des différences mais accusateur et séparateur.


Loin d’être rassurante, cette proposition de loi  nous semble dangereuse envers les valeurs de la République et est une atteinte à la laïcité visant à une application juste de la neutralité mais aussi de la tolérance. Elle assoirait de manière définitive les préjugés sur la religion musulmane et serait un obstacle de plus voire une barrière définitive à l’accès à l’emploi de milliers de femmes musulmanes.


Nous espérons que nos arguments seront entendus, mais pour ce faire, il faut arrêter de rester silencieux sur notre réalité.