Posté le 04 juin 2008 (lectures 2,304)
LFFM: L'affaire du mariage annulé
Nous, femmes dirigeant l'association nationale représentant les femmes françaises et musulmanes, souhaitons réagir à l'"affaire du mariage annulé" pour "erreur sur les qualités du conjoint", à savoir ici une non-virginité.

Plus qu'une polémique juridique, cette affaire ouvre en réalité un débat visant indirectement mais clairement la question de la "virginité controlée" assimilée à tord à la religion musulmane, mais aussi l'assimilation d'un acte effectué par une personne musulmane à un precepte religieux.
Elle est également le reflet du jugement de conscience des citoyennes et citoyens français face à la deuxième religion de France.


Combien de litiges matrimoniaux sont traités dans les tribunaux, combien de jugements sont rendus chaque jour, sans que, conformément à la loi, ils ne soient étalés sur la place publique ?
Les médias ne choisissent pas au hasard les affaires qu'ils mettent à la une de leurs actualités. Le critère n'est pas toujours, hélas, celui de l'importance du sujet en lui-même, mais souvent la polémique qu'il attise.

Pourquoi une simple affaire privée, traitée par les tribunaux français selon la jurisprudence laique et démocratique française, suscite-t-elle donc tant d'agitation et de passion ?

Pour mémoire, le TGI de Lille a prononcé l’annulation d’un mariage conclu entre deux personnes (on apprend qu'ils sont de confession musulmane mais le tribunal n'a pas pris en compte leur religion bien sur pour rendre le jugement) parce que la femme avait menti sur sa virginité, ce qui constituait une "erreur sur les qualités substantielles de la personne", étant donné qu'ils s'étaient promis de ne pas avoir de rapports sexuels tous deux avant le mariage. 

Voila ce qu’affirme le second alinéa de l’article 180 du Code civil : « S’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage (Cciv., article 180 alinéa 2) »

Les réactions politiques ne tardent pas à se faire entendre, dénonçant tantôt l'atteinte aux droits des femmes, tantôt les dangers d’une "islamisation rampante", les deux protagonistes étant musulmans.

Or, le tribunal n’a pas remis en question la liberté sexuelle de l’homme ou de la femme avant le mariage mais il a déclaré invalide une union à laquelle le mari a consenti sur la base d’informations erronées, alors même que s’il en avait eu connaissance, il n'aurait pas accepté de se marier.  

L'essence du débat est le reproche d'attacher de l'importance à la virginité, et de faire entrer des considérations religieuses dans la loi. Or, ces deux points méritent justement des éclaircissements.
La religion musulmane est claire sur la question de la virginité :

1) c'est une définition symbolique qui trouve son essence dans la valeur nommée vertu, cultivée pour Dieu. Elle est encensée pour elle-même dans certaines coutumes alors que dans la religion, ce qui est proné est de ne pas pécher, et si péché il y a eu, de se repentir à Dieu, qui est Pardonneur et Miséricordieux

2) l'Islam n'"exige" pas d'être vierge mais prohibe les rapports sexuels en dehors du lien sacré du mariage, et ce, pour les hommes et les femmes dans la même mesure.

3) l'Islam n'a aucunement indiqué de vérifier une potentielle virginité. Elle serait au contraire, dans la logique religieuse musulmane, une atteinte à la pudeur et un évenement qui pourrait nuire à la personne (en Islam, chaque personne est précieuse, fait grandir sa valeur par sa spiritualité, et peut se repentir de ses péchés et ainsi se délester de ce poids)


Confrontée à ces connaissances sur la religion musulmane, cette affaire ne devrait plus être assimilée même indirectement à une polémique sur l'Islam mais simplement à ce qu'elle est : une affaire privée, et traitée comme telle. 

Ainsi, deuxième point : chaque personne a de manière individuelle des priorités de vie et des critères de choix de vie. Le mariage est un contrat, et il comporte des clauses librement déterminées si elles ne sont pas contraires à l’ordre public. La mariée en question savait que la virginité était une condition de mariage pour son mari. De manière contractuelle, et comme l'indique le jugement du tribunal, le mariage a été annulé pour une raison valable, et ce, de manière légale, et non religieuse.

La question posée est en réalité celle de la liberté : peut-on mettre des conditions qui n’enfreignent pas la légalité, dans le contrat de mariage ? Appliquant la loi, le TGI a dit que oui.
Sur le simple fait que les deux protagonistes sont musulmans, on se permet alors de remettre en question la décision du TGI et d’attaquer unanimement une décision judiciaire, fondée sur une loi de 1975.
Alors oui pour la liberté et la justice mais non quand il s’agit de l'appliquer de manière civile à une personne de confession musulmane ? L'islamophobie en est donc à ce stade ?




Les médias français regorgent d'anecdotes qu'ils relient à l'Islam, sources de scandales :

 - l'affaire du "voile" dans laquelle une partie de la société française juge incorrecte pour une autre partie de la société française de se vêtir avec la pudeur qu'ils recherchent ; la liberté de la femme en serait violée. Pourtant, en refusant d'écouter ces milliers de femmes qui désirent vivre leur religion librement, c'est à la fois leur liberté et leur dignité qu'on viole

- les attaques de gynécologues par des "dits" maris musulmans :
pas une fois dans ce débat il n'a été évoqué la réalité de la religion musulmane qui ne précise en rien le sexe du soignant, mais par contre exige à chaque personne de prendre soin de son corps et de se soigner !

- les anecdotes d"hymenoplastie et de la cérémonie de l'hymen sur le drap après le mariage : tout le monde en a eu vent ! Et pourtant, combien de personnes savent que ces pratiques sont condamnées par la religion musulmane ?


Face à l'abondance des sujets rapportés de manière erronée à la religion musulmane, il serait souhaitable pour la pertinence des débats qui animent notre société, d'avoir une connaissance suffisamment juste de cette religion.