Posté le 21 mai 2008 (lectures 1,595)
LFFM:
A l’occasion des premières assises professionnelles sur le thème de la gestion de la laïcité dans le monde du travail, Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux et auteur d’"Allah, mon boss et moi", évoque l’apparition de revendications religieuses dans l’entreprise.


La religion est-elle de plus en plus délicate à gérer dans l’entreprise?
Avant, la question de la diversité religieuse était une question d’immigrés. Désormais, cette question est posée par des Français, dont les revendications sont d’autant plus fortes qu’ils sont chez eux. C’est le cas de ces ces filles françaises de confession musulmane qui arrivent sur le marché du travail avec un bac + 6 et donc qui peuvent prétendre aux meilleurs postes. Mais parce qu’elles portent le voile, elles sont vite cataloguées comme archaïques. Avant, on affectait les femmes voilées au nettoyage des toilettes et ça ne gênait personne ! Quand une entreprise embauche aujourd’hui une fille voilée, c’est vraiment qu’elle est la meilleure.

Pourquoi vous être focalisée sur l’islam?
Parce que pour les autres religions, les directeurs des ressources humaines (DRH) savent faire la différence entre ce qu’implique le suivi les préceptes religieux et ce qu’est un comportement anormal chez un individu. En France, pays le moins religieux d’Europe, l’islam est la religion à la fois la plus diabolisée – la faute à Al-Qaïda- et celle envers laquelle on est le plus laxiste, parce qu’on a une vision archaïque d’une religion à laquelle on ne prête que des interdits. Si un employé arrache une affiche en invoquant sa religion qui lui interdit de regarder toute silhouette humaine, s’il refuse de transporter des fioles d’alcool car il lui est interdit d’en boire ou s’il interrompt quatre fois une réunion pour aller prier, le DRH doit se demander si c’est la religion ou l’employé qui pose problème. Or, il a plutôt tendance à pointer du doigt la première que le second.

Quelle bonne attitude adopter?
Face à des employés qui ont des exigences religieuses, il faut appliquer les critères normaux d’évaluation, déterminer objectivement si le comportement crée ou non un dysfonctionnement dans l’équipe. Ce qui vient davantage de la manière de pratiquer la religion que de la religion elle-même. qu’il faut évaluer Mona –qui est voilée- comme Martine et déconfessionnaliser la gestion du personnel.

En France, il est interdit de demander la religion d’un employé ou d’un futur employé. Mais pour les femmes voilées, la question n’a même pas à être posée…

Les musulmanes pratiquantes présentent  immédiatement une grande visibilité de leur foi. Je leur dis qu’il leur faut être la plus neutre possible. C’est-à-dire non pas montrer ses cheveux mais ne pas avoir un ‘look’ de musulmane en portant un bonnet à la mode, une casquette… Qu’on se dise « voilà la comptable » et pas « voilà l’employée musulmane ».

Source :
Métro

 
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